Pétrole : le Cameroun veut relancer sa raffinerie, un projet à un milliard d'euros

Idriss Linge, Agence Ecofin

La SONARA, unique raffinerie du Cameroun, fermée depuis 2019 à la suite d’un incendie.
Le Bled Parle.

Idriss Linge, Agence Ecofin

La SONARA, unique raffinerie du Cameroun, fermée depuis 2019 à la suite d’un incendie.
Le Bled Parle.
Le Cameroun a réuni lundi 29 juin à Yaoundé diverses parties prenantes autour d'un projet de près de 1,1 milliard d'euros visant la reconstruction de la SONARA, l'unique raffinerie du pays, fermée depuis qu'un incendie est survenu sur le site de Limbé, dans la région sud-ouest, en 2019. L'idée est de confier l'usine à un partenaire privé qui la conçoit, la construit, la finance et l'entretient — l'État, lui, en reste propriétaire et continue de la faire fonctionner au quotidien.
L’objectif annoncé est de traiter 3,5 millions de tonnes de pétrole par an, soit environ 70 000 barils par jour, ce qui représente près des deux tiers de plus qu'avant l'incendie. Un premier redémarrage est promis d'ici 18 mois, et l'achèvement complet d'ici trois ans. Le coût définitif, lui, ne sera fixé qu'une fois le partenaire choisi.
« Ce partenariat répond à une logique de performance et de transfert de savoir-faire », explique la commission chargée du suivi du projet, dans son dossier de presse. En clair : le privé apporte l'argent et la technologie, l'État garde la maison. Pour le pays, l'enjeu est réel. Depuis l'incendie, le Cameroun importe la quasi-totalité de son carburant et subventionne les prix à la pompe — une facture de plusieurs centaines de milliards de FCFA chaque année. Au cours des dix premiers mois de 2025, il a importé environ 1,6 million de tonnes de produits pétroliers, selon le ministère des Finances. Au-delà de l'industrie, le projet est présenté comme une affaire de souveraineté : des carburants plus propres, conformes aux normes internationales, des emplois et l'ambition de faire du Cameroun un point de référence énergétique en Afrique centrale.
Plusieurs questions, pourtant, restent sans réponse. La première : à pleine puissance, la raffinerie produirait plus de carburant que le pays n'en consomme. Le Cameroun a brûlé environ 2 millions de tonnes de produits pétroliers l'an dernier, contre 3,5 millions initialement visées. Le surplus devra donc être commercialisé, mais la stratégie qui y est associée n’est pas encore clairement partagée avec le public. Tradex, le distributeur pétrolier national, est présent dans plusieurs pays de la sous-région et continue son expansion vers la République démocratique du Congo. Cependant, ce marché régional se remplit rapidement. Au Nigeria, la raffinerie de Dangote, la plus grande d'Afrique, avec une capacité de 650 000 barils par jour, tourne à plein régime depuis février et a déjà livré du carburant à cinq pays africains, dont le Cameroun. D'autres usines nigérianes, susceptibles de porter la production nationale à 850 000 barils par jour, sont en construction.
Le deuxième point est que pour tourner à plein régime, il faudrait près de 24 millions de barils de brut par an. Or le Cameroun n'en a produit que 19,4 millions en 2025 et l'État n'en contrôle directement qu'environ 12,7 millions, soit la moitié de ce qu'il faut. Le reste devrait être acheté à l'étranger. C'est tout le paradoxe du slogan « Raffinons notre propre pétrole ». L'ancienne SONARA importait déjà du brut léger du Nigeria, car le pétrole camerounais est trop lourd pour ses installations. La nouvelle unité prévue intègre un « hydrocraqueur », capable de transformer le pétrole lourd en essence et en gasoil. Mais même en y consacrant tout le brut de l'État, on ne couvrirait que la moitié des besoins, et on priverait le Trésor des devises tirées de l'exportation du pétrole.
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La situation pourrait s'améliorer un peu : la compagnie nationale, la SNH, espère voir la production remonter à 22,1 millions de barils d'ici 2027 grâce à de nouveaux puits. De quoi réduire l'écart, sans le combler.
Reste le financement. L'État garantit déjà à la SONARA une marge fixe, financée par une taxe sur le carburant, qui avait accumulé 479 milliards de FCFA auprès de la banque centrale fin octobre 2025, selon des données présentées au Parlement. Si les prix régionaux baissent, ce soutien pourrait se transformer en une dette que l'État devra éponger plus tard.
La consultation s'achève mardi. Après cela, un appel officiel aux candidats sera lancé, ce qui déterminera à quelle hauteur de risque les investisseurs privés sont prêts à s’engager.
Idriss Linge, Agence Ecofin