Encore marginale sur le marché mondial du nickel, l’Afrique attire toutefois l’attention de certains investisseurs en quête de nouveaux actifs. En Côte d’Ivoire, où l’exploitation de ce métal a débuté en 2017, les autorités veulent consolider une filière encore exposée aux fluctuations des prix mondiaux et à des contraintes opérationnelles.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé un prêt garanti de 26 millions d’euros à Polynickel West Africa Holding, filiale de CoreX Holding, pour soutenir des actifs de nickel en Côte d’Ivoire.
Un prêt syndiqué
Selon les détails publiés le lundi 29 juin, ce financement s’inscrit dans une facilité syndiquée de 156 millions d’euros mobilisée aux côtés de FirstRand Bank (à travers sa division Rand Merchant Bank), Absa Bank, Mauritius Commercial Bank et Abu Dhabi Commercial Bank.
L’enveloppe doit permettre de convertir en financement long terme un prêt relais utilisé par Polynickel pour financer l’acquisition d’une participation majoritaire dans la Compagnie Minière du Bafing (CMB), active en Côte d’Ivoire sur plusieurs projets, dont les mines Foungbesso et Moyango. La BERD présente la CMB comme opérateur de l’un des plus grands gisements de nickel au monde.
L’institution indique que le financement doit contribuer à sécuriser l’exploitation durable de la mine, renforcer sa structure financière et soutenir sa croissance. Des programmes de formation technique sont aussi prévus pour les employés et les sous-traitants de CMB, notamment en matière de santé, de sécurité, d'environnement, de responsabilité sociale, d'ingénierie et de fonctions techniques.
Une filière ivoirienne en développement
Cette opération survient dans un contexte de développement progressif de la filière nickel en Côte d’Ivoire. Le pays dispose d’un potentiel en nickel latéritique estimé officiellement à 260 millions de tonnes, et localisé notamment dans les régions de l’ouest et du nord-ouest.
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L’exploitation de la ressource a débuté en 2017, avec une production de 379 800 tonnes. La filière a ensuite connu une forte progression, jusqu’à atteindre 2,48 millions t en 2 023. En 2024, la production est toutefois retombée à 1,48 million de tonnes. Selon les données officielles, cette baisse serait liée à la suspension des activités pendant un peu plus de deux mois à la mine de Foungbesso durant la saison des pluies, ainsi qu’à un marché défavorable ayant entraîné des stocks invendus en 2023.
Parallèlement, plusieurs entreprises accélèrent sur des projets d’exploration. C’est par exemple le cas de la coentreprise formée par Ivanhoe Electric et Sama Resources, active dans l’ouest sur le projet Samapleu-Grata. Selon une évaluation économique préliminaire publiée en 2024, ce projet pourrait produire 887 414 tonnes de concentré de nickel, ainsi que 621 888 tonnes de concentré de cuivre sur une durée de vie estimée à 16,1 ans.
Ces données restent toutefois préliminaires, et devront être confirmées par les prochaines étapes de développement.
Un marché mondial dominé par l’Indonésie
Le nickel est classé parmi les matières premières critiques par plusieurs grandes économies, en raison de ses usages dans l’acier inoxydable, les alliages industriels et certaines technologies liées à la transition énergétique. Mais le marché reste largement dominé par l’Indonésie, qui concentre plus de 60 % de la production minière mondiale.
L’Afrique reste un acteur secondaire du nickel, avec environ 4 % de l’offre mondiale, principalement portée par Madagascar et l’Afrique du Sud. Cette position marginale limite pour l’instant le poids du continent dans les équilibres mondiaux du marché.
La situation des prix invite aussi à la prudence. L’augmentation rapide des capacités de production en Indonésie a contribué à rendre le marché excédentaire au cours des dernières années, ce qui a pesé sur les cours et fragilisé plusieurs producteurs.
Malgré ce contexte délicat, le nickel représente pour la Côte d’Ivoire une piste de diversification de ses revenus miniers, encore dominés par l’or. La production ivoirienne du métal précieux a plus que doublé en 10 ans, passant d’environ 24 tonnes en 2015 à 58 tonnes en 2024. Parmi les mines industrielles en activité, la plus grande en termes de volumes produits est Ity, exploitée par la compagnie Endeavour Mining.