Alger et Moscou accélèrent la révolution de leur partenariat historique. Au-delà des symboles diplomatiques, les deux capitales entendent désormais tisser une trame économique plus dense, plus technique et plus horizontale, afin de répondre à leurs défis communs : souveraineté industrielle, diversification des débouchés et montée en gamme des compétences.
Longtemps concentrée sur la défense et les hydrocarbures, la relation algéro-russe entre dans une nouvelle phase. Le vendredi 26 juin à Moscou, lors de la 13ᵉ session de la Commission intergouvernementale, les deux pays ont signé sept accords et protocoles couvrant des domaines techniques : assistance douanière, inspection pharmaceutique, inspection du travail, coopération scientifique, patrimoine culturel et tourisme, ainsi qu’un plan d’action sur la métrologie.
Cette diversification ne relève pas d’un simple élargissement administratif, elle traduit la volonté d’Alger de réduire sa dépendance envers ses partenaires traditionnels, notamment européens, tout en renforçant ses capacités industrielles.
Une stratégie de souveraineté économique
Depuis plusieurs années, Alger a fait de la souveraineté économique un pilier de son développement. La crise sanitaire, les perturbations des chaînes d’approvisionnement puis la guerre en Ukraine ont accentué cette orientation. Les nouveaux accords répondent à des priorités nationales : développer l’industrie pharmaceutique locale, améliorer le contrôle réglementaire, moderniser les normes industrielles, renforcer les compétences scientifiques et attirer des investissements hors hydrocarbures.
En fluidifiant les échanges et en luttant contre la fraude, la coopération douanière facilite les importations de biens d’équipement tout en préparant la montée en puissance des exportations non pétrolières.
Moscou cherche de nouveaux relais économiques
Pour la Russie, confrontée aux sanctions occidentales depuis 2022, l’Afrique est un axe prioritaire de redéploiement. L’Algérie apparaît comme l’un de ses partenaires les plus solides sur le continent. Au-delà des relations militaires historiques, Moscou cherche à consolider sa présence dans des secteurs civils à forte valeur ajoutée : santé, industrie, recherche, agriculture, tourisme et formation.
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Cette évolution permet à la Russie de préserver son influence dans une région où la concurrence s’intensifie avec la Chine, la Turquie, les pays du Golfe et plusieurs puissances européennes.
Une diversification sans rupture avec l’Europe
Ce rapprochement ne signifie pas pour autant un désengagement algérien vis-à-vis de ses partenaires occidentaux. L’Union européenne reste le premier client des exportations algériennes, principalement pour le gaz naturel, et plusieurs entreprises européennes demeurent importantes dans les secteurs industriels et énergétiques. La stratégie algérienne consiste davantage à multiplier les partenariats qu’à substituer un bloc à un autre.
Cette logique renforce la marge de manœuvre diplomatique du pays tout en mettant en concurrence différents partenaires technologiques et financiers. Elle s’inscrit dans la politique de non-alignement de l’Algérie, qui cherche à entretenir des relations équilibrées avec les grands pôles de puissance.
Les ressources minières, nouvelle cible
Cette diversification de la relation Algérie - Russie survient dans un contexte de rapprochement progressif, depuis la visite d’État du président Tebboune en Russie en 2023 et la signature d’une déclaration de partenariat stratégique approfondi. Les discussions en marge de la commission ont d’ailleurs évoqué de nouvelles opportunités dans les hydrocarbures, les mines, le raffinage et l’exploration pétrolière comme gazière.
Les autorités algériennes ont également invité les entreprises russes à participer aux appels d’offres de l’« Algeria Bid Round 2026 » ainsi qu’aux projets de valorisation du phosphate, du fer, du zinc et d’autres minerais stratégiques. Cette orientation reflète l’ambition d’Alger de développer les chaînes de valeur locales plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières.
Pour la Russie, ces projets représentent une opportunité de renforcer sa présence dans les industries extractives africaines et d’accéder à des ressources stratégiques pour les transitions énergétique et numérique.