Le nouveau compromis prévoit l’émission d’une nouvelle obligation de 880 millions USD, remboursable par tranches entre juillet 2026 et juillet 2029, avec un taux d’intérêt de 6,15 %.
Après l’échec d’un premier compromis en janvier et des menaces de poursuites judiciaires début juin, Addis-Abeba tente de débloquer le volet privé de la restructuration de sa dette. Le pays veut régler le défaut sur son eurobond de 1 milliard de dollars, sans compromettre l’accord déjà conclu avec ses créanciers publics.
En défaut depuis décembre 2023 sur son unique eurobond, l’Éthiopie a annoncé le lundi 29 juin un nouvel accord préliminaire avec des détenteurs d’obligations. Cette avancée relance un processus de restructuration qui avait été bloqué ces derniers mois par des désaccords sur les efforts demandés aux créanciers privés et officiels.
Des détails à finaliser
Selon les éléments communiqués par le ministère des Finances et rapportés par Reuters, le nouveau compromis prévoit l’émission d’une nouvelle obligation de 880 millions USD (environ 771,6 millions d'euros), remboursable par tranches entre juillet 2026 et juillet 2029, avec un taux d’intérêt de 6,15%.
Addis-Abeba s’engage aussi à régler les trois paiements d’intérêts manqués depuis son défaut, pour un montant total de 99,375 millions USD (environ 87,13 millions d'euros), ainsi qu’une commission de consentement. L’accord inclut également un mécanisme donnant aux créanciers la possibilité de participer à une future émission obligataire éthiopienne pouvant atteindre 1 milliard USD (environ 876,72 millions d'euros), à un taux lié au marché. Le gouvernement pourra aussi choisir de leur verser un paiement en espèces, plafonné à 90 millions USD (environ 72,91 millions d'euros).
Le comité impliqué dans les discussions représente des détenteurs d’environ 45% des obligations en circulation. L’Éthiopie prévoit de mettre en œuvre l’accord par une offre d’échange dans les prochains mois, une fois les derniers termes non financiers arrêtés.
Un précédent accord bloqué
Addis-Abeba avait déjà annoncé en janvier 2026 un accord de principe avec une partie de ses créanciers obligataires. Mais le Comité officiel des créanciers, qui regroupe notamment les prêteurs bilatéraux, avait estimé que cet accord ne respectait pas pleinement le principe de comparabilité de traitement.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Ce principe impose qu’un pays engagé dans une restructuration de dette ne propose pas à certains créanciers des conditions plus favorables que celles accordées à d’autres. L’Éthiopie avait alors rouvert les discussions avec les détenteurs de son eurobond.
Début juin, les négociations semblaient encore dans l’impasse. Des membres du comité des détenteurs d’obligations avaient indiqué envisager des actions en justice devant les tribunaux anglais, après le rejet d’une nouvelle offre du gouvernement éthiopien.
Le nouvel accord préliminaire semble répondre à une partie des objections qui avaient bloqué le compromis précédent. Selon les autorités éthiopiennes, le Fonds monétaire international a jugé la structure proposée compatible avec les objectifs de soutenabilité de la dette du pays. Elles ont aussi indiqué que les coprésidents du Comité officiel des créanciers avaient donné leur non-objection.
Une restructuration encore ouverte
L’Éthiopie avait demandé dès 2021 une restructuration de sa dette extérieure dans le cadre commun du G20, avant même son défaut sur l’eurobond. Le processus a été ralenti par les effets de la pandémie, plusieurs années de sécheresse et le conflit dans la région du Tigré.
En juillet 2025, le pays a conclu un accord avec ses créanciers officiels sur la restructuration de 8,4 milliards USD (environ 7,366 milliards d'euros) de dette. Selon le FMI, la dette extérieure éthiopienne était estimée à 28,9 milliards USD (environ 25,342 milliards d'euros) en juillet 2024. Une part importante est due à des institutions multilatérales, tandis que la Chine reste le principal créancier bilatéral du pays.
Si elle est finalisée, la restructuration de l’eurobond permettrait à l’Éthiopie de clore l’un des volets les plus sensibles de sa dette extérieure. Elle ne suffirait toutefois pas à achever l’ensemble du processus, qui dépend aussi de la mise en œuvre des accords avec les créanciers publics.