KfW collabore depuis 2023 avec l’australien EcoGraf pour accompagner le développement du projet Epanko en Tanzanie. Ce projet fait partie des alternatives potentielles à la domination de la Chine sur le marché mondial du graphite.
La banque de développement allemande KfW a approfondi ces derniers mois les échanges avec la compagnie minière australienne EcoGraf, pour organiser en faveur de cette dernière une facilité de crédit pouvant atteindre 90 millions d’euros (105 millions USD). Les fonds seraient utilisés pour la construction de la mine de graphite Epanko en Tanzanie. Selon un communiqué publié le lundi 8 décembre par EcoGraf, des documents essentiels pour le rapport d'ingénieurs sur le projet viennent d’être finalisés.
Fruit d’une évaluation technique indépendante, ce rapport permet de vérifier que la conception du projet, ses coûts, ses risques et son calendrier respectent les standards exigés par les prêteurs. Cette étape ouvre la voie à la nomination d’un expert indépendant chargé d’examiner l’ensemble du dossier et d’émettre un avis à destination du Comité interministériel du gouvernement allemand, qui devra décider de l’octroi d’une garantie publique au prêt envisagé par KfW.
Importance stratégique et critères ESG
Si EcoGraf assure que les négociations sur les conditions générales du soutien de KfW devraient aboutir au premier trimestre 2026, le processus de financement reste loin d’être bouclé. La démarche remonte à 2023, quand la société australienne a annoncé avoir mandaté la banque allemande pour obtenir la couverture de crédit à l’importation (UFK) dans le cadre du financement par emprunt de son projet tanzanien.
Le mécanisme UFK a été mis en place par le gouvernement allemand afin d'offrir des garanties pour des prêts liés à des projets destinés à approvisionner l’industrie allemande en matières premières. Ce mécanisme impose le respect de standards environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) assez élevés, un aspect sur lequel se distingue le projet Epanko, selon KfW. « Nous sommes heureux de soutenir EcoGraf, qui partage notre engagement en faveur du développement durable et de l'innovation responsable. Ensemble, nous menons des projets qui non seulement favorisent la croissance économique, mais respectent également les normes environnementales et sociales les plus strictes », assure Michael Waitz, co-responsable du département Métaux et mines de la banque.
Au-delà des critères ESG, Epanko peut aussi présenter un caractère stratégique pour Berlin et pour l'Europe d’une manière générale. Il fait partie des quelques projets africains pouvant offrir aux industries occidentales une alternative à la domination écrasante de la Chine sur le marché mondial du graphite, matériau utilisé dans les batteries pour véhicules électriques, et minéral le plus présent en poids dans un véhicule de ce type. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Pékin contrôle plus de 95% de la production de graphite destiné à la fabrication de batteries.
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Engagée dans une stratégie de réduction de sa dépendance à l'Empire du Milieu en matière de minéraux critiques, l’Union européenne mène déjà des discussions avec EcoGraf concernant la transformation de la production d’Epanko. Selon la compagnie australienne, ce projet tanzanien peut livrer initialement 73 000 tonnes de graphite par an et jusqu’à 300 000 tonnes annuelles sur une durée de vie de 18 ans. Elle est toujours en discussions pour signer des contrats de vente de ces futurs volumes, mais dispose déjà d’un premier accord avec le groupe allemand Thyssenkrupp, représentant 55% de la production initiale d’Epanko.
Un marché du graphite en berne
Le processus mené par les deux parties s’inscrit dans un contexte où les compagnies minières actives sur le graphite évoluent sur un marché excédentaire, alimenté par une forte production chinoise. L’AIE estime par ailleurs que la demande mondiale pour cette ressource devrait dépasser 10 millions de tonnes d’ici 2035, soit le double du niveau actuel. Cependant, l’excédent sur le marché a conduit à une baisse des prix allant jusqu’à 20% en 2024, et la situation ne s’est pas beaucoup améliorée en 2025.
Syrah Resources, compagnie australienne active sur la mine Balama au Mozambique, a ainsi cité la surabondance de graphite synthétique en provenance de Chine comme un des facteurs pénalisants pour les prix du graphite naturel. La mise en service de nouvelles mines, dont Epanko, pourrait donc ne pas juste dépendre de la mobilisation du financement nécessaire, mais aussi des conditions sur le marché.
EcoGraf n’a encore fourni aucun calendrier pour la construction et la première production de concentré de graphite sur sa mine tanzanienne. La conclusion du processus avec KfW pourrait apporter davantage de précisions en ce sens.