Pétrole : quand la guerre en Iran fait les affaires de la raffinerie Dangote au Nigeria

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Réservoir de stockage de carburant de la raffinerie Dangote.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Réservoir de stockage de carburant de la raffinerie Dangote.
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Entre perturbations des flux mondiaux et hausse des prix, l’impact de la guerre en Iran sur le marché pétrolier mondial fait des perdants et des gagnants. La raffinerie Dangote se classe sans doute parmi les gagnants, capable de répondre, aussi bien en Afrique qu’en Europe, à une partie de ces perturbations.
L’Iran a répliqué aux frappes américaines et israéliennes, notamment en bloquant depuis plusieurs semaines le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 à 25 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Ces tensions logistiques et géopolitiques réduisent l’offre et tirent les prix du pétrole brut à la hausse, le baril ayant dépassé les 100 dollars (86,26 euros) , avec des répercussions sur les prix à la pompe.
Tout en cherchant à limiter l’impact de cette hausse des prix sur le marché intérieur au Nigeria grâce à un ajustement de ses tarifs, la raffinerie Dangote a intensifié ses exportations vers le reste du continent. Les données de Kpler, spécialisée dans le suivi des flux mondiaux, montrent déjà une hausse significative des exportations nigérianes. Les exportations ont plus que doublé, passant de 100 000 barils/jour en février à 214 000 barils/jour en mars.
Mais c’est surtout au-delà du continent que l’escalade des tensions au Moyen-Orient pourrait ouvrir des perspectives inédites. Les restrictions au détroit d’Ormuz ont entraîné une baisse d’environ 21 % de l’offre mondiale de kérosène transportée par voie maritime, selon Kpler.
Avec environ 89 000 barils/jour de kérosène exportés en 2025, la raffinerie Dangote dispose déjà d’une base significative, mais ces volumes s’inscrivent surtout dans une sous-région ouest-africaine excédentaire en produits raffinés. Cette évolution permet d’envisager des arbitrages vers l’Europe, même en donnant la priorité au marché domestique. La proximité géographique constitue par ailleurs un avantage, alors que les exportations depuis la côte du Golfe des États-Unis sont contraintes par la demande en Amérique latine et par des limites techniques et logistiques.
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Si la conjoncture actuelle lui est favorable, la trajectoire de succès de la raffinerie Dangote reste encore à définir. Il y a à peine un an, le groupe faisait face à des tensions de liquidité, à un endettement élevé et à une montée en régime plus lente que prévu, l’installation fonctionnant encore à environ la moitié de sa capacité. À ces fragilités financières se sont ajoutées des tensions sociales et un bras de fer avec le régulateur nigérian sur les importations de carburants, dans un marché où les produits importés dominaient encore largement l’offre.
Les signaux se sont nettement améliorés depuis et, en février 2026, la raffinerie a atteint sa capacité nominale de 650 000 barils/jour. Dans le même temps, la suspension des licences d’importation d’essence par les autorités traduit un alignement progressif de la politique énergétique avec la montée en puissance de la production locale. Dangote s’impose ainsi comme un acteur central de l’approvisionnement nigérian, tout en renforçant sa présence sur les marchés régionaux et internationaux.
Mais des incertitudes subsistent. La soutenabilité financière du projet dépendra de sa capacité à générer des flux de trésorerie suffisants, dans un environnement marqué par la volatilité des prix et du naira. De même, l’équilibre entre protection du marché domestique et ouverture à la concurrence pourrait rester un point de tension. Autant de facteurs qui détermineront si l’avantage conjoncturel actuel peut se transformer en position durable.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin