Le Cameroun recourt à un nouveau financement chinois pour étendre la vidéosurveillance urbaine

Objectif : centraliser l’exploitation des images, accélérer la remontée d’alertes et coordonner les opérations sur une base plus réactive.
DR

Objectif : centraliser l’exploitation des images, accélérer la remontée d’alertes et coordonner les opérations sur une base plus réactive.
DR
Le Cameroun se tourne à nouveau vers la Chine pour financer son programme de vidéosurveillance urbaine. Par un décret signé le 17 décembre dernier, le président Paul Biya a habilité le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, à contracter un emprunt de 39,2 milliards FCFA (environ 59,8 millions d’euros) auprès de China Citic Bank Corporation LTD. Selon le texte présidentiel, l’enveloppe doit servir au « financement complémentaire du projet d’extension au plan national du système intelligent de vidéosurveillance urbaine ».
L’extension ne vise pas seulement les centres urbains : elle s’étend vers des zones qualifiées de stratégiques, notamment sur les axes économiques et frontaliers. Dans l’Extrême-Nord, où les attaques attribuées au mouvement islamiste Boko Haram ont durablement marqué le paysage sécuritaire, le projet inclut aussi des zones particulièrement exposées telles que Waza, Fotokol, Kousseri et Amchidé. En combinant caméras, moyens de communication portatifs et centres de commandement, le gouvernement dit vouloir se doter d’un outil de prévention, de dissuasion et de réaction plus efficace, aussi bien en ville que dans les zones frontalières sensibles.
Au cours de la première phase du projet, les chefs-lieux de dix régions ont été ciblés, notamment Yaoundé et Douala, mais aussi des localités comme Kribi qui abrite un port en eau profonde, Kyé-Ossi (frontière avec la Guinée équatoriale) et Garoua-Boulaï (frontière avec la Centrafrique). Selon les autorités, 1 500 caméras ont été installées. À ce réseau s’ajoutent 2 000 postes émetteurs-récepteurs portatifs, censés améliorer les capacités de surveillance, de coordination et d’intervention des forces de police.
Deux centres de commandement, implantés à Yaoundé et Douala, ont également été mis en place sous la supervision de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN). Objectif : centraliser l’exploitation des images, accélérer la remontée d’alertes et coordonner les opérations sur une base plus réactive, grâce à une chaîne de décision resserrée.
Pour la deuxième phase du projet, le Cameroun ambitionne de densifier ce maillage, en déployant davantage de caméras « intelligentes » et d’équipements complémentaires, avec une la promesse de renforcer la sécurité, lutter contre la criminalité et le terrorisme, surveiller la circulation et améliorer la gestion des secours. Ce nouveau crédit s’inscrit dans une trajectoire désormais bien balisée : en huit ans, l’État camerounais aura mobilisé 150,8 milliards FCFA (environ 229,9 millions d’euros) à travers quatre financements dédiés à ce même programme, tous liés à des bailleurs de fonds chinois.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La première étape avait été lancée grâce à un financement de 45,9 milliards FCFA (environ 70 millions d'euros) accordé par Bank of China, après un décret d’habilitation signé le 19 juin 2017. Le projet a ensuite connu des ajustements : un deuxième emprunt de 32,8 milliards FCFA (environ 50 millions d'euros) a été autorisé en mars 2024 via Banco Santander à Hong Kong, après le retrait en 2021 de China Construction Bank Corporation (CCBC). Un troisième crédit, encore de 32,8 milliards FCFA, a été contracté le 2 décembre 2024, déjà auprès de China Citic Bank Corporation LTD. Le quatrième, autorisé le 17 décembre 2025, revient donc à la même banque, dans un contexte où l’exécutif souligne la montée de l’insécurité urbaine et les pressions sécuritaires sur plusieurs frontières.
En Afrique, dans le classement de 21 pays, le Cameroun figurait en 2022 parmi les territoires avec un indice de criminalité élevé selon les données de Numbeo, une base de données mondiale et collaborative pour les données sur le coût et la qualité de la vie. Soit 66,6 points sur 100, derrière l’Afrique du Sud qui occupait la première place. Son indice de sécurité, parmi les plus faibles, était de 33,4 points. En 2025, l’indice de criminalité du Cameroun a légèrement baissé pour atteindre 65,5 points, derrière l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria. Son indice de sécurité a légèrement augmenté pour atteindre 34,5 points.