L’Ukraine explore la piste mozambicaine pour sécuriser ses approvisionnements en GNL
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine.
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine.
DR
L’Ukraine envisage d’importer du gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le Mozambique. Cette piste a été évoquée ce 23 mars lors d’échanges entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et son homologue mozambicain Daniel Chapo. Un éventuel accord s’inscrirait dans une logique d’intérêts croisés : Kiev sécuriserait ses besoins en GNL, tandis que Maputo bénéficierait d’un soutien ukrainien en matière de sécurité et de technologies, dans un contexte où le nord du Mozambique, principal bassin gazier du pays, reste confronté à une insurrection islamiste.
Cette initiative intervient dans un contexte de dégradation du système gazier ukrainien. Selon Naftogaz la société anonyme détenue par le gouvernement qui transporte le gaz naturel, les infrastructures de la société publique ont subi plus de 1 700 frappes russes depuis 2022, réduisant de moitié la production nationale.
Avant le conflit, l’Ukraine couvrait presque entièrement ses besoins grâce à ses propres ressources. Mais la guerre l’a contrainte à multiplier les importations, notamment pendant les pics de consommation hivernale. Pour élargir ses sources d’approvisionnement, l’Ukraine a déjà accru ses importations de GNL, notamment en provenance des États-Unis, via des terminaux en Grèce et dans les pays baltes.
L’intérêt pour le Mozambique s’inscrit dans cette stratégie de recomposition. Le pays d’Afrique australe dispose de ressources gazières importantes, soutenues par le développement du projet Mozambique LNG, opéré par TotalEnergies. Ce projet, relancé début 2026 après près de cinq ans d’interruption liée à des attaques armées, vise une capacité de production de 13 millions de tonnes de GNL par an. À terme, il pourrait faire du Mozambique un acteur majeur sur le marché mondial du gaz.
Cette option reste cependant exposée à des aléas sécuritaires. La province de Cabo Delgado, où se situe le projet, reste fragile malgré les progrès obtenus grâce au déploiement des forces rwandaises. Cependant, les récentes mises en garde de Kigali, qui conditionne le maintien de ses troupes à un financement européen durable, ravivent les incertitudes quant à la stabilité de la région. C’est dans ce contexte que l’Ukraine propose un partenariat élargi, mettant en avant son expérience dans la gestion des menaces et la protection des infrastructures critiques.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Le projet Mozambique LNG fait également face à des défis juridiques et financiers. TotalEnergies est visée par des accusations de complicité de violations des droits humains, liées à des opérations de sécurisation menées en 2021. Ces allégations, contestées par l’entreprise et les autorités mozambicaines, font l’objet de procédures en cours en France. Elles contribuent à maintenir une pression sur le projet et à alimenter les réticences de certains bailleurs.
Sur le plan financier, la situation s’est également complexifiée. Le retrait de 2,2 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) de soutiens publics par le Royaume-Uni et les Pays-Bas s’ajoute à une hausse notable des coûts, désormais estimés à 24,5 milliards de dollars (21,1 milliards d’euros) contre 20 milliards (17,2 milliards d’euros) initialement. TotalEnergies maintient toutefois son objectif de mise en production à l’horizon 2029.
Malgré ces tensions, l’essentiel du financement demeure sécurisé et près de 90% des volumes futurs sont déjà contractualisés, principalement à destination de l’Asie et de l’Europe. Ce qui confirme l’attractivité du projet, tout en soulignant sa forte dépendance aux conditions sécuritaires et à la confiance des investisseurs.
Les discussions entre Kiev et Maputo restent, elles, à un stade exploratoire. Aucun volume ni calendrier n’a été précisé, mais elles traduisent une convergence d’intérêts : pour l’Ukraine, sécuriser de nouvelles sources d’approvisionnement dans un contexte énergétique contraint ; pour le Mozambique, valoriser ses ressources tout en attirant des partenariats susceptibles de renforcer la sécurité et la stabilité.
Olivier de Souza, Agence Ecofin