Minéraux critiques : pourquoi l’Europe s’intéresse aussi aux cartes géologiques africaines

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les anciennes archives géologiques africaines retrouvent une valeur stratégique à l’ère du numérique et de l’IA.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les anciennes archives géologiques africaines retrouvent une valeur stratégique à l’ère du numérique et de l’IA.
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La présence européenne croissante dans les minéraux critiques africains passe aussi par la géologie. C’est l’un des points soulignés lors d’une session consacrée à la chaîne de valeur des minéraux critiques au Mining On Top Africa (MOTA), à Paris. Soucieuse de sécuriser ses approvisionnements en graphite, terres rares ou cuivre sur le continent, l’Union européenne (UE) veut en effet intervenir plus en amont, sur les données géoscientifiques dont plusieurs pays africains ont encore besoin pour mieux connaître, valoriser et négocier leur potentiel minier.
« Tous les pays africains n’ont pas le même niveau de maturité concernant la gestion de l’information géoscientifique », souligne Daniel Pierre, directeur adjoint à la Direction de l’innovation, des activités commerciales et internationales au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique national français. Selon lui, il existe encore, dans certains États, un besoin de « création de connaissances », mais aussi de meilleure gestion de l’information pour aller vers l’investissement éclairé, « objectivé » par des données scientifiques.
C’est l’une des ambitions du projet PanAfGeo+, troisième phase d’un programme européen lancé en 2016 pour renforcer les compétences africaines dans les géosciences. Prévu sur la période 2025-2029, le dispositif est présenté comme le programme phare de l’UE pour soutenir les partenariats Afrique-Europe dans ce domaine. Il vise notamment à renforcer les services géologiques, améliorer la gestion durable des ressources et créer un environnement plus favorable à l’investissement dans les matières premières critiques.
Son pendant PanAfGeo+ Invest, lancé en mars 2026 à Kinshasa, ajoute une dimension plus directement liée aux projets miniers. Il ne s’agit plus seulement de former des géologues ou d’appuyer les administrations, mais aussi d’identifier les conditions permettant de faire émerger des projets susceptibles d’intéresser les investisseurs et industriels européens. Cette approche repose sur sept « Country Windows ». Quatre concernent déjà le volet partenariats et renforcement des capacités au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et en Zambie. Trois autres, la RDC, l’Afrique du Sud et la Namibie, relèvent d’un engagement préparatoire lié au volet Invest, plus directement associé aux minéraux critiques.
Ces pays n’ont pas été choisis au hasard. Ils disposent soit d’un potentiel minier stratégique, soit d’un rôle possible dans les chaînes de valeur régionales, soit d’un besoin identifié de renforcement des capacités géoscientifiques. En juin 2026, la RDC a par exemple relancé le dossier de ses archives géologiques conservées en Belgique, à l’AfricaMuseum de Tervuren. Ces documents, accumulés pendant la période coloniale, pourraient encore contenir des informations utiles sur le potentiel minier congolais. La société américaine KoBold Metals, engagée dans un partenariat avec Kinshasa pour la numérisation des données minières congolaises, a souhaité y accéder mais s’est heurtée au refus des autorités du musée.
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Ce cas illustre une difficulté plus large. Plusieurs pays africains disposent d’informations anciennes, dispersées ou mal conservées, parfois produites par des administrations coloniales, des services géologiques étrangers, des projets de coopération ou des compagnies privées. Or, à l’heure où les outils numériques et l’intelligence artificielle permettent de retraiter de grands volumes de données, ces archives peuvent redevenir stratégiques.
Daniel Pierre insiste sur ce point auprès de l’Agence Ecofin. La connaissance géologique ne s’arrête pas à la production de nouvelles cartes. Elle suppose aussi de conserver les échantillons, d’entretenir les lithothèques (des collections organisées de roches et de carottes de forage) et de faire vivre les bases de données après la fin des projets financés par des partenaires extérieurs. Pour les États, cet effort peut renforcer la capacité à promouvoir certaines zones, attirer davantage d’investisseurs et mieux encadrer les discussions avec les compagnies minières.
Si l’Afrique trouve un intérêt dans les différentes composantes du programme PanAfGeo, l’investissement de l’UE n’est pas non plus désintéressé. Le Critical Raw Materials Act (CRMA) fixe un cap de diversification des approvisionnements, alors que les pays du bloc restent fortement dépendants de la Chine pour plusieurs matières premières nécessaires aux batteries électriques, aux énergies renouvelables, à l’aéronautique ou à la défense. Dans ce contexte, l’Afrique apparaît comme un partenaire de diversification important.
Présentée également au MOTA, la Critical Raw Materials Facility complète ce dispositif. Là où PanAfGeo+ intervient sur les compétences, les données et les services géologiques, cette facilité vise plutôt à rapprocher des projets miniers ou industriels d’investisseurs, d’acheteurs et de partenaires européens.
L’équilibre reste toutefois sensible. Pour les pays africains, l’intérêt européen ne peut se limiter à l’accès aux ressources. Daniel Pierre le résume par la nécessité de construire un partenariat « win-win ». L’Europe connaît ses besoins en ressources minérales pour soutenir sa transition énergétique. Mais les pays africains attendent aussi des emplois, des compétences, une meilleure transformation locale et une capacité accrue à garder de la valeur sur leur territoire.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin