GNL : avec UTM et son projet à 3 milliards de dollars, le Nigeria franchit une nouvelle étape
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Une infrastructure offshore illustrant le développement du gaz naturel liquéfié au Nigeria.
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Une infrastructure offshore illustrant le développement du gaz naturel liquéfié au Nigeria.
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Ce 7 juillet, la société nigériane UTM Offshore a franchi une étape clé vers le développement de son projet d’unité flottante de liquéfaction de gaz naturel (FLNG) au Nigeria. Elle a conclu un accord d’approvisionnement en gaz sur 15 ans avec une coentreprise formée par la société publique du pétrole (NNPC) et Seplat Energy.
L’accord prévoit la fourniture de 200 millions de pieds cubes standards de gaz par jour, soit environ 5,7 millions de mètres cubes, au futur complexe de liquéfaction. Le gaz proviendra du champ offshore Yoho, situé au large. Cette opération constitue l’une des dernières étapes commerciales majeures avant la décision finale d’investissement, attendue au dernier trimestre. Elle doit permettre au projet d’avancer vers les prochaines phases de financement, de construction et d’exploitation.
D’une valeur estimée à 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros), l’installation devrait générer 1,8 million de tonnes de GNL par an (mtpa) et deviendrait la première unité flottante de liquéfaction développée par des acteurs locaux au Nigeria. UTM détient 72% du projet, contre 20% pour la NNPC et 8% pour le gouvernement de l’État du Delta.
Jusqu’ici, l’industrie nigériane du GNL repose principalement sur Nigeria LNG (NLNG), une usine située sur l’île de Bonny et exploitée par un consortium réunissant notamment Shell, TotalEnergies, Eni et la NNPC. L’infrastructure dispose actuellement d’une capacité de production de 22 mtpa. Celle-ci doit atteindre 30 mtpa avec la mise en service prochaine du septième train de liquéfaction.
Le projet FLNG viendrait compléter cette base,industrielle. Il avait obtenu en 2024 la première licence attribuée au Nigeria pour une unité flottante de GNL. Les travaux d’ingénierie et de conception ont été réalisés par JGC et Technip Energies, tandis que les approbations nécessaires à la phase EPCIC (ingénierie, approvisionnement, construction, installation et mise en service) ont été obtenues.
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Au-delà de l’exportation, l’installation doit également contribuer au marché domestique avec la fourniture prévue d’environ 300 000 tonnes de GPL par an. Cette production doit soutenir l’utilisation de combustibles de cuisson moins polluants et réduire la dépendance aux importations.
Le développement d’UTM FLNG intervient dans un contexte favorable pour le marché mondial du GNL. Selon Shell, la demande mondiale pourrait atteindre près de 700 millions de tonnes par an à l’horizon 2050, contre environ 422 millions de tonnes en 2025, portée notamment par la croissance des besoins en Asie et par la recherche d’alternatives au charbon.
Cette dynamique offre des perspectives aux pays capables d’augmenter leurs capacités de production. Le Nigeria possède l’une des plus importantes réserves gazières d’Afrique, avec plus de 200 trillions de pieds cubes (tcf) de réserves prouvées, mais peine encore à convertir cette ressource en projets industriels.
Pendant plusieurs décennies, le développement du secteur a été limité par des contraintes infrastructurelles, de financement et réglementaires. L’initiative gouvernementale « Décennie du gaz » vise à accélérer cette transformation en développant les infrastructures nécessaires, en réduisant par exemple le torchage et en faisant du gaz un moteur de l’industrialisation nationale.
Cette dynamique dépasse désormais le seul segment du GNL exporté. Plusieurs entreprises nigérianes investissent dans la valorisation locale de la ressource. Axxela développe notamment une mini-usine de GNL à Ajaokuta afin d’approvisionner des industries dans le nord du pays, tandis que d’autres acteurs renforcent les infrastructures de distribution et de transformation.
Malgré cette avancée, UTM doit encore franchir plusieurs étapes avant son entrée en exploitation prévue autour de 2030. Le projet doit notamment finaliser sa décision finale d’investissement, sécuriser ses contrats commerciaux de vente de GNL et poursuivre la mobilisation des financements nécessaires.
UTM dispose déjà d’un financement par emprunt auprès d’Afreximbank ainsi que d’engagements en fonds propres de la NNPC et dugouvernement de l’État du Delta. À travers cette infrastructure, le Nigeria cherche à démontrer qu’il peut développer des projets énergétiques complexes sous leadership local, tout en renforçant sa place dans un marché mondial du,GNL en expansion.
Si elle aboutit, l’unité flottante d’UTM ne constituera pas seulement une nouvelle capacité d’exportation pour le Nigeria. Elle pourrait aussi devenir un précédent pour d’autres projets gaziers africains cherchant à mobiliser des ressources locales, attirer des financements internationaux et répondre à une demande mondiale de GNL appelée à progresser.
Olivier de Souza, Agence Ecofin