ENTRETIEN. Face à l'explosion des risques climatiques et des coûts associés, les métiers de l'assurance se réinventent. Avec ses quatre millions de sociétaires mutualistes, la MAIF entend investir très fortement sur la prévention.
Elle est devenue mutuelle universelle en 2020 et a gagné un million de sociétaires en dix ans. Depuis son siège installé à Niort, la MAIF a vu dans le même temps sa facture climatique bondir bien au-delà de ses prévisions.
Pour composer avec la flambée des sinistres liés au climat, l'assureur envisage de faire évoluer ses missions. Il présentera en 2026 un nouveau plan stratégique pour les années qui viennent, dont son président, Yves Pellicier, livre les grands axes dans cet entretien accordé à La Tribune.
LA TRIBUNE - La flambée des dégâts climatiques se manifeste-t-elle dans votre activité ?
Yves PELLICIER - Chaque jour, on rembourse à nos sociétaires plus de huit millions d'euros, soit trois milliards par an. Notre facture du risque climatique s'élève à 400 millions d'euros chaque année, elle a doublé sur les dix dernières. Nos data scientists regardent cela de très près, la courbe est exponentielle et on est en train de dépasser très largement tout ce qu'on avait mis dans nos modèles. Ce ne sera pas supportable financièrement.
Arrivez-vous aux limites de votre métier ?
Depuis 91 ans et encore pour les dizaines d'années à venir, nous avons été et nous serons un très bon assureur tel qu'on l'entend dans son ancienne définition, celle du réparateur. On intervient très bien sur le curatif. Mais aujourd'hui on se rend compte que ce n'est plus comme ça qu'il faut travailler. La réglementation nous impose de réparer à l'identique. Or, quand vous avez été victime d'inondation et que votre compteur électrique est conservé au sous-sol, on sait que vous aurez le même sinistre la prochaine fois. On veut donc réparer mieux.
Mais avant de réparer, il y a une étape qu'on est en train de mettre en place : la prévention. En France, on est champions du curatif, et donc, on fait très peu de préventif. On veut devenir un vrai acteur de la prévention car nos sociétaires doivent être mieux préparés aux risques climatiques.
Newsletter
Finances
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.