Dans les pays où la plateforme est autorisée, les utilisateurs peuvent désormais parier sur des résultats d'entreprises, des évolutions de cours sur les actions.
La plateforme de paris en ligne s'est associée avec Nasdaq Private Market pour permettre à ses utilisateurs de parier sur des décisions ou des résultats d'entreprises non cotées en Bourse.
La folie des paris en ligne passe un nouveau cap. Mardi 19 mai, le géant des marchés de prédiction Polymarket s'est associé à Nasdaq Private Market (NPM) pour lancer des paris sur les sociétés privées.
Dans les pays où la plateforme est autorisée (donc pas en France) les utilisateurs peuvent désormais parier sur des résultats d'entreprises, des évolutions de cours sur les actions, mais aussi et surtout sur les prochaines introductions à la Bourse de New York. Nasdaq Private Market fournira les données de résolution officielles pour ce nouveau marché. Un outil qui offrira aux parieurs de précieuses données sur ces entreprises par définition peu transparentes.
De l'autre côté, « ce partenariat va permettre au Nasdaq d'avoir des données du monde du pari », explique une experte du droit financier interrogée par La Tribune. Les avis de milliers, voire de dizaines de milliers, d'internautes anonymes pourront notamment permettre aux financiers d'établir plus précisément la valeur d'une entreprise qui souhaiterait s'introduire en Bourse.
« On peut toutefois se demander à quel point le sentiment des parieurs peut être une information fiable pour estimer la valorisation d'une entreprise », nuance la juriste.
Une plateforme aux multiples scandales
Qu'il soit bénéfique, ou non, pour le monde de la finance, ce partenariat illustre une chose certaine : l'attrait croissant pour les paris en ligne. Les deux mastodontes du secteur, Polymarket et Kalshi viennent d'ailleurs récemment de franchir le cap symbolique des 150 milliards de dollars de volume de transactions cumulées depuis leur création.
Mais ils cachent aussi une sombre réputation. Le nom des plateformes prédictives ont fait les gros titres des journaux après l'arrestation de Gannon Ken Van Dyke, un militaire qui avait participé à l'opération de capture de l'ex-président vénézuélien. Ce dernier fait face à la justice pour avoir gagné 400 000 dollars en spéculant sur Polymarket grâce à ses informations confidentielles sur l'intervention des Etats-Unis au Venezuela. Un délit d'initié interdit par la loi.
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Et cette opération illégale ne semble pas être un cas isolé. Dans le magazine d'informations « 60 minutes » de CBS, Nicolas Vaiman, cofondateur de l'entreprise d'analyse de données Bubblemaps déclarait que « nous avons repéré neuf comptes Polymarket, tous connectés entre eux, et qui ont gagné, collectivement, 2,4millions de dollars en pariant presque exclusivement sur des opérations militaires américaines ».
En France, Polymarket a aussi fait parler de lui pour un scandale, incluant Météo France. En avril, un individu armé d'un sèche-cheveux avait réchauffé l'air autour d'un capteur de la station météo de l'aéroport Charles-de-Gaulle… afin de gagner un pari. Il avait, en effet, misé quelques dizaines d'euros sur le site lui promettant plusieurs milliers d'euros si des températures supérieures à 18 degrés étaient atteintes le 6 avril. Avec son entourloupe, qui lui a valu des poursuites de Météo France, l'homme a remporté 14 000 dollars.
Une étude de plusieurs chercheurs d'écoles de commerce affirme que sur la période 2022-2025, 1 % des parieurs les plus « doués » se sont approprié 77 % des gains sur Polymarket.
La dérégulation des introductions en Bourse
Face à tous ces soupçons de paris frauduleux et à l'absence de contrôle d'identité opéré par Polymarket et Kalshi, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) et le ministère de la Justice ont récemment frappé à leur porte pour leur réclamer des explications.
Mais pour le moment, les régulateurs semblent manquer d'armes pour lutter contre les délits d'initiés. « Malheureusement, comme chacun le sait, c’est devenu un véritable problème sur les marchés de prédiction. Cela a de graves conséquences pour l’intégrité des marchés et la confiance », a récemment reconnu le responsable de l’application des règles à la CFTC, David Miller.
Et ce nouveau partenariat entre la sulfureuse plateforme de paris et le Nasdaq pourrait encore amplifier ce fléau. En plus des employés d'entreprises qui pourraient utiliser des informations confidentielles pour gagner de l'argent, « on peut penser à des investisseurs d'une société qui parient à la baisse sur les résultats d'une société concurrente pour plomber son image et sa valorisation », ajoute l'experte en droit financier interrogée par La Tribune.
Une situation qui pourrait avoir des conséquences concrètes sur le monde des IPO. « Une société dont la valorisation est plombée sur Polymarket pourrait inquiéter ses investisseurs et l'empêcher de se coter ou faire chuter son action une fois cotée », ajoute la juriste.