GRAND ENTRETIEN EXCLUSIF. Meilleur jeune économiste français et professeur à Stanford en Californie, Adrien Bilal a fortement revu l'impact macroéconomique du réchauffement dans ses récents travaux. En conséquence, les États vont devoir redoubler d'efforts pour limiter les effets désastreux de la hausse des températures sur l'économie mondiale.LA TRIBUNE — Dans vos travaux, vous affirmez qu’à politique constante, « le réchauffement va coûter 50 % du produit intérieur brut d’ici à 2100 », soit six fois plus que ce que prédisaient jusqu’alors les modèles. Comment êtes-vous arrivé à ce constat ?
ADRIEN BILAL — On a choisi une approche plus holistique dans notre travail. Avec mon collaborateur, on s’est basés sur des comparaisons qui se font sur la température globale. Lorsque la température globale augmente, il y a un ensemble de phénomènes climatiques qui se déclenchent. Ces phénomènes étaient en grande partie passés sous les radars jusqu’à présent parce que les analyses se fondaient sur la température pays par pays.
Or, il y a beaucoup de variations de températures pays par pays qui n’ont pas grand-chose à voir avec le changement climatique d’une année sur l’autre. Nos travaux ont aussi montré que ce sont les changements de températures océaniques qui provoquent ces dégâts climatiques considérables. Nous avons également pris en compte des phénomènes climatiques extrêmes comme les sécheresses, les pluies très fortes, les vents violents, et les vagues de chaleur.
Pourquoi les conséquences du changement climatique ont-elles été autant sous-estimées dans les précédentes prévisions ? Les modèles sont-ils en cause ?
Non. La grande différence est que pendant longtemps, la recherche s’est focalisée sur la température locale. Or, cela ne représente qu’une petite partie des dégâts climatiques. Quand on intègre la température globale, les résultats deviennent bien plus importants. L’approche globale prend en compte tous les autres événements climatiques qui provoquent des dégâts économiques. C’est donc une innovation relativement simple sur le plan méthodologique, mais avec des conséquences importantes sur l’évaluation des coûts.
Si on se projette à l’horizon 2050 ou 2100 sur cette trajectoire du réchauffement, quel pourrait être le coût économique pour l’économie mondiale ?