Comme beaucoup d’autres vignerons, Mathieu Thomas, propriétaire du Château Reverdi, en Haut-Médoc, a dû se résoudre à déraciner une part significative de ses vignes. Une parcelle qu’il a vue plantée par son père, et dont il a dû préparer l’arrachage avec ses fils. Plus largement, 400 vignerons ont candidaté à la foncière Gironde Avenir : 3 800 hectares sont concernés.« Je crains de voir tous les efforts fournis pendant plusieurs générations partir en fumée… comme ces pieds de vigne. C'est difficile à voir et à encaisser. »
La voix de Mathieu Thomas est presque recouverte par le bruit de la pelle mécanique qui arrache ses pieds, un à un. Sous un rayon de soleil, la scène a quelque chose de cinématographique. Le chantier a commencé il y a quelques jours, la moitié de la parcelle n'est plus qu'une terre marron et lisse, jonchée de piles de ceps, l’autre moitié est verdoyante de tiges touffues parce que non entretenues, en attendant d’être déracinées. Puis le ciel s’assombrit et revient l’averse.
Troisième vague d'arrachage
Le domaine du Château Reverdi a culminé à 30 hectares à partir des années 1990. Après ce troisième arrachage consécutif, il sera amputé de 30 % de sa surface. Malgré cela, la famille Thomas peine à joindre les deux bouts, l’entreprise a été placée en procédure de sauvegarde en décembre 2024, en attente de l’acceptation d’une prolongation de six mois.
C’est la troisième année que l’État soutient l’arrachage des vignes. En 2026, les viticulteurs touchent 4 000 euros pour chaque hectare rayé de la carte. Mathieu Thomas a réussi à négocier 1 600 euros par hectare avec le prestataire venu avec la machine, « mais avant ça, il a fallu préparer la parcelle, enlever les piquets, enlever les fils de fer. Et après il faut attendre que les tas sèchent, obtenir l’autorisation de la mairie avant d’y mettre le feu. Bref, en comptant le temps de travail, il ne reste pas grand-chose... »