Les vagues de chaleur pourraient entraîner des pertes économiques à hauteur de 240 milliards de dollars (206 milliards d’euros) pour la France entre 2026 et 2030, selon Allianz Trade.
Une épée de Damoclès plane au-dessus de la France : sans une adaptation rapide face aux vagues de chaleur, l’économie en subira de plein fouet les conséquences sur sa productivité. Ce qui pourrait coûter plusieurs centaines de milliards d’euros.
Et de trois. L’été vient à peine de débuter que la France connaît déjà sa troisième canicule en moins de deux mois en 2026 – après les deux vagues de chaleur de fin mai et fin juin. Des coups de chaud qui ont un impact direct sur l’économie : l’an passé, ils auraient déjà coûté plus de 10 milliards d’euros à la France, d’après une étude de l’université allemande de Mannheim, publiée en septembre dernier.
Et le pire est peut-être encore à venir. Les vagues de chaleur pourraient entraîner des pertes économiques à hauteur de 240 milliards de dollars (206 milliards d’euros) pour la France entre 2026 et 2030, soit 7 % du produit intérieur brut (PIB), selon les calculs établis dans un récent rapport de l’assureur Allianz Trade.
L’Hexagone ferait partie des pays les plus économiquement touchés, derrière le Japon (354 milliards de dollars sur la même période) et devant l’Italie (147 milliards). « Les pertes absolues les plus importantes se concentrent dans les plus grandes économies » étudiées, est-il précisé.
Perte de productivité
L’effet de causalité n’est pas difficile à établir : les fortes températures affectent les organismes et entraînent une baisse de la productivité des travailleurs et travailleuses. Cette diminution s’enregistre dès le seuil des 24-26 °C, d’après l’Organisation internationale du travail (OIT).
La chute est carrément drastique à partir de 33 °C : jusqu’à – 50 % de performance, même pour une intensité de travail modérée (peu de charges lourdes, faibles efforts physiques, etc.).
Entre 14 % et 36 % des travailleurs français seraient ainsi confrontés à la chaleur dans leur activité professionnelle, selon France Stratégie. Une fourchette large qui représente entre 1,5 et 9,7 millions de forces vives. « On connaît mal aujourd’hui la part des travailleurs exposés à la chaleur », reconnaît l’organisme.
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Les plus concernés exercent souvent des métiers en extérieur, liés au bâtiment (ouvriers du bâtiment et des travaux publics, du béton et de l’extraction…), à l’agriculture (maraîchers, jardiniers, viticulteurs, agriculteurs, éleveurs, sylviculteurs, bûcherons…) ou aux industries de process (industries papetière, agroalimentaire, chimique et pharmaceutique).
L’humain n’est toutefois pas le seul à souffrir, les cultures suffoquent aussi. Les pertes de rendement peuvent atteindre – 10 % sur le blé et – 9 % sur le maïs lors des épisodes de chaleur les plus sévères, comme ça été le cas lors de la canicule de 2019. L’année dernière, les productions fourragères et viticoles se sont affichées à respectivement 9 % et 13 % sous la moyenne à cause de la canicule, indique le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son rapport annuel publié ce jeudi.
Le bétail est, évidemment, aussi impacté. « Chaque heure à plus de 26 °C humides engendrerait une baisse de 0,5 % de la production laitière quotidienne, avec un impact pouvant atteindre 10 % sur plusieurs jours », a-t-il été calculé lors d’un séminaire des directions générales du trésor et de l’énergie et du climat à l’automne dernier.
Le personnel affecte le professionnel
L’exposition à la chaleur à son domicile joue aussi un rôle sur cette perte de productivité. « La dégradation de la durée et de la qualité du sommeil [à cause de hautes températures] a des conséquences mesurables le lendemain sur les capacités cognitives, la santé cardiovasculaire et la prise de décision », souligne Allianz Trade.
Or, plus de 4 millions de logements sont aujourd’hui considérés comme des passoires énergétiques, selon la Direction générale de l’énergie et du climat. Ces habitations « deviennent rapidement des étuves lors des épisodes de chaleur, de plus en plus fréquents et intenses », ajoute-t-elle.
Puisque 80 % des bâtiments qui existeront en 2050 sont déjà construits, l’accent doit donc être mis sur la rénovation du parc ancien. Ce qui doit passer par l’intégration de mesures qui améliorent le confort l’été : isolation des toitures, protections solaires, utilisation de matériaux réfléchissants…
Et la climatisation dans tout ça ? « Si [son] recours est indispensable dans certains cas, sa généralisation comme seule solution présente toutefois des limites, rappelle la Direction générale du trésor. Les rejets thermiques des climatiseurs augmentent en effet la température de l’air extérieur de 1 à 3 °C à proximité immédiate des bâtiments, amplifiant les îlots de chaleur urbains ».
Pour rappel, la France a adopté en 2025 une stratégie énergie climat (SFEC) articulée autour du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et du projet de Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Beaucoup de rapports pour pas grand-chose ? Ces plans ne « sont pas adossés à des financements à la hauteur des besoins », tacle le Haut Conseil pour le climat (HCC) dans son rapport annuel rendu public ce jeudi.
« Nos activités économiques et pratiques socioculturelles se sont développées ou ont été dimensionnées dans un climat qui n’existe plus », alerte Valérie Masson-Delmotte, l’une des experts indépendants du HCC. Face à ce constat, « il est impératif » que la France « change d’échelle dans l’ampleur, la portée et la vitesse de mise en œuvre des actions d’adaptation », prévient l’organisme