Le café fait baisser son empreinte carbone et voyage de plus en plus à la voile

Des sacs de café sont déchargés depuis un navire de la compagnie TOWT sur les quais du Havre
Belco

Des sacs de café sont déchargés depuis un navire de la compagnie TOWT sur les quais du Havre
Belco
Dans son domaine de spécialité, Christophe Servell est un cador. Meilleur torréfacteur de France 2015, il a fondé en 2009 la société Terres de Café, pionnière française du café de spécialité (dénommé ainsi par opposition au café de commodité qui s’échange sur les places boursières).
À la tête d’une dizaine de boutiques à travers le monde, ce prescripteur de tendances milite inlassablement pour le retour vers un café de terroirs, riche en saveurs et faible en intensité carbone.
Depuis l’an dernier, son entreprise importe la totalité de ses grains en provenance de Colombie et du Brésil à bord des voiliers cargos de la compagnie TOWT (Trans Oceanic Wind Transport). Et Christophe Servelle entend bien aller plus loin. Il annonce qu’en 2030, 100 % de ses volumes seront transportés à la seule force du vent depuis les pays producteurs. Le choix s’est imposé comme une évidence, explique-t-il : « La voile, c’était la pièce manquante de la filière du café de spécialité pour proposer un café entièrement traçable et durable ».
Il est loin d’être le seul à s’être laissé convaincre. La brûlerie belge Javry, qui s’enorgueillit de fournir un millier d’entreprises dont Rothschild et Nuxe, s’est aussi convertie à ce mode de transport zéro émission. Idem pour l’atelier de torréfaction Dagobert, fournisseur des enseignes Biocoop et Satoriz. Même le leader du café équitable, Malongo, se pique désormais de « café voile ». Un premier cru cultivé dans des plantations colombiennes est entré à son catalogue, il y a quelques semaines. Et la liste n’est pas exhaustive.
C’est au grossiste bordelais Belco, principal négociant français de cafés de spécialité avec 75 % de parts de marché et 60 millions de chiffre d’affaires, que les transformateurs doivent ce virage. Son PDG Alexandre Bellangé a été l’un des premiers, avec le fondateur de la société bretonne Grain de Sail, à entrevoir dans le transport vélique un important gisement de décarbonation pour la filière. Une rencontre fondatrice avec Guillaume Le Grand, patron de TOWT, a fait le reste.
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Aujourd’hui, près des deux tiers des 7 000 tonnes de grains que Belco importe chaque année sont acheminés jusqu’au Havre dans les cales des voiliers cargos de la compagnie, moyennant un contrat d’affrètement exclusif. Pour Alexandre Bellangé, il ne fait aucun doute que le café voyagera de plus en plus souvent de cette manière. « Même si les tonnages peuvent paraître relativement faibles, on est à la veille d’importants effets de bascule parce que les mouvements de consommation et les évolutions réglementaires y poussent inexorablement ».
Au reste, le Français n’est plus le seul à y croire. De l’autre côté de l’Atlantique, le négociant canadien Café William (plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires), autre client de l’armateur normand, a choisi lui aussi de faire confiance au vent pour ses cargaisons de grains de spécialité. Il se flatte d’avoir fait voyager à la voile, l’an dernier, « l’équivalent de 25 conteneurs » entre la Colombie et Québec et vise « plusieurs millions de livres » dans un avenir proche. Comme son homologue, il pense possible de « faire bouger les grands joueurs du monde du café ».
Il faut dire que le grain s’accommode fort bien des conditions qu’offre le mode vélique. Transporté en vrac dans des sacs de jute ou des big bags et en routes directes sans rupture de charge, il souffre moins que dans les porte-conteneurs. « On évite l’effet four du conteneur dans lequel le café vert a tendance à fermenter et à perdre en qualité », vante Guillaume Le Grand chez TOWT. « Comme nous pouvons acheter la totalité de la capacité des cales du voilier [1 300 tonnes], on maîtrise mieux le transport sans risque de voir nos lots mélangés avec d’autres », abonde-t-on chez Belco.
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Quant au coût, il est jugé supportable par Alexandre Bellangé qui le chiffre à 15 centimes de plus pour un sachet de 250 grammes, équivalent à 4 litres de café. Dès lors, peut-on imaginer que de grands importateurs hissent la voile à leur tour ? Difficile d’être formel mais Guillaume Le Grand assure être en discussion avec plusieurs d’entre eux. Il cite en particulier le fabricant de sodas Keuring Dr Pepper (Schweppes, Canada Dry…) qui est en passe de racheter le torréfacteur JDE Peet’s, propriétaire notamment de L’Or et Jacques Vabre. Lequel est connu pour sponsoriser la transat du café qui partira du Havre, le 26 octobre prochain.