Trop d’exigences sur le produit, pas de place pour l'expérimentation, ventes en berne : les appellations d'origine contrôlées (AOC) sont de plus en bousculées dans le monde du vin. Certains vignerons choisissent de tourner le dos aux terroirs historiques avec les chamboulements économiques et climatiques.La bascule s'est opérée en deux temps pour Baptiste Guinaudeau. Il y a d'abord eu la sécheresse de 2003, puis la répétition du même chaos climatique en 2010. « Nous entrions bien plus vite que nous le pensions dans le changement climatique », se rappelle-t-il aujourd'hui. A la tête d'une poignée d'hectares dans l'Appellation d'origine contrôlée (AOC) Pomerol, le vigneron doit alors rapidement agir. « Feuillage, palissage, paillage, ombrage : on a testé tout ce qui pouvait naturellement nous protéger. Et on a vite compris que ces essais n'étaient pas prévus dans le cahier des charges de l'AOC... »
Une impasse qui l'a conduit en août dernier à annoncer publiquement sa sortie des appellations Pomerol et Bordeaux. Ses bouteilles de vin rouge et blanc seront dorénavant commercialisées sous la dénomination « Vin de France », une Indication géographique protégée (IGP) aux règles de culture moins strictes. « Ce n'est pas un abandon, c'est un renoncement », tempère le viticulteur, dont la décision a tout de même secoué le milieu local puisqu'il souhaite tester l'irrigation, « mais de manière raisonnée », plaide-t-il. « Nous respectons notre histoire commune mais aujourd'hui le cahier des charges nous empêche d'apporter la réponse qu'exige le changement climatique. »
Si ce choix est plutôt inédit dans la prestigieuse appellation girondine, la viticulture française connaît un profond mouvement de remise en question de ses terroirs.
Les cahiers des charges des AOC, régis par l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) et réputés rigides, empêchent bon nombre de domaines de mener les adaptations souhaitées. Normal, puisque les 360 AOC aujourd'hui recensées sont apparues à partir de 1936, dans un souci de structuration des productions locales, d'identification des produits et de montée en gamme. Leur socle commun n'est pas la flexibilité mais la préservation des traditions et de la typicité des vins.