Le 4 janvier, lors de la publication par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'une « lettre ouverte aux agriculteurs de France » destinée à calmer leur colère, Nicolas Chabanne, fondateur de « la marque du consommateur » C'est Qui Le Patron? (CQLP), soulignait sur LinkedIn un « énorme oubli » : « la juste rémunération des producteurs ». Aux côtés de ses promesses en matière de simplification et de concurrence déloyale, Matignon n'en faisait en effet aucune mention.
L'enjeu des revenus n'était abordé que sous le prisme de la politique agricole commune (PAC), dont le Premier ministre promet de défendre le budget, et des coûts de production, qu'il assure vouloir contenir – notamment via une « neutralisation » de l'application aux engrais du mécanisme d'ajustement du carbone aux frontières (MACF) appliqué dans l'UE depuis le 1er janvier. Le constat reste le même une dizaine de jours plus tard. Aucun des nouveaux engagements pris par le gouvernement vis-à-vis des agriculteurs depuis, incluant plus de 300 millions d’euros d'aide exceptionnelle et des avantages fiscaux, aux côtés de plusieurs mesures visant à lever des « contraintes environnementales », ne mentionne leur rémunération.
L'« oubli » du gouvernement semble aller de pair avec une certaine désaffection des syndicats agricoles – dont la revendication phare depuis plusieurs années est pourtant que les agriculteurs « vivent de leur travail », note Thomas Uthayakumar, directeur des programmes et du plaidoyer à la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNE). Au centre de plusieurs réformes législatives (les lois dites « Egalim ») depuis les États généraux de l'alimentation lancés par Emmanuel Macron en 2017, puis de la crise de 2024, l'enjeu du partage de la valeur entre les divers maillons de la chaîne alimentaire a en effet été très peu évoqué lors des dernières manifestations – sauf par le syndicat de gauche, la Confédération paysanne.