LA TRIBUNE DIMANCHE – Comment espérez-vous éviter un mouvement d’ampleur avant le Salon de l’agriculture prévu fin février ?
ANNIE GENEVARD – Ma mission est de répondre aux problèmes structurels de nos agriculteurs : ils demandent de l’équité et de la justice. Lors des rencontres auxquelles le Premier ministre et moi-même avons convié les syndicats agricoles en décembre, le dialogue a été respectueux et instructif. Ils nous préciseront leurs attentes ces prochains jours.
La signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur a été reportée au 12 janvier. Que pouvez-vous encore obtenir d’ici là ?
Si ce traité conclu par la Commission en 2024 était juste et équitable, nous l’aurions signé. Or il n’est ni l’un ni l’autre. L’action de la France a conduit la Commission européenne non seulement à repousser cette échéance, mais aussi à entendre notre triple demande d’une clause de sauvegarde en cas de déstabilisation de marché, de réciprocité des normes et de contrôles aux frontières et dans les pays tiers. Sur ces points, à mes yeux, le compte n’y est toujours pas.
Bruxelles se montre très déterminée à réformer la politique agricole commune (PAC) et à appliquer aux engrais le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, également contesté par les agriculteurs…
Sur la PAC, la ligne défendue par Paris est partagée par dix-sept pays européens. Nous avons fixé deux lignes rouges : son budget revenant à la France, de 65 milliards d’euros, ne peut être réduit, et la PAC doit rester communautaire. Sinon, c’est la porte ouverte à une concurrence déloyale pour nos agriculteurs. Je serai à Bruxelles le 7 janvier pour une réunion de la dernière chance et je ne veux pas en revenir sans garanties. Quant à l’ajustement du carbone aux frontières, il est en vigueur depuis le 1er janvier et son application aux engrais risque de déstabiliser les filières des grandes cultures en augmentant leurs charges. Nous avons déjà agi pour réduire la facture de plus de moitié, mais le coût reste tout de même trop élevé. Nous voulons un coût zéro pour nos agriculteurs. Le Premier ministre a écrit à ce sujet à Ursula von der Leyen [présidente de la Commission]. Et je construis une coalition avec mes homologues de pays inquiets comme nous, pour exiger un report ou une suspension du mécanisme pour les engrais.