Fleuron français, la production des céréales traverse une crise structurelle aggravée par la guerre en Iran. Alors que la filière ne se satisfait pas des mesures d'urgence annoncées, de nombreux acteurs soulignent la nécessité de changement profonds.Elle occupe 9 millions d'hectares, soit la moitié des terres arables de la France métropolitaine, et est pratiquée par plus d'une ferme française sur deux. La production de céréales est l'un des piliers de l'agriculture hexagonale. Avec quelques soixante millions de tonnes de grains par an (essentiellement du blé tendre et dur, de l'orge, du maïs et du triticale), elle couvre non seulement les besoins nationaux, mais est aussi exportée, pour environ la moitié. La France est d'ailleurs le premier producteur européen de céréales, et le 7e exportateur mondial.
Depuis quelques années, les céréaliers se disent néanmoins asphyxiés, et ne cessent d'appeler à la rescousse les pouvoirs publics. Les 14 millions d'euros promis par le gouvernement à l'agriculture, dans le cadre de l'aide financière aux « secteurs économiques les plus touchés » par la guerre en Iran, lui sont d'ailleurs largement destinés: le GNR agricole, qui le mois prochain sera totalement exonéré de droits d’accise, est essentiel aux céréaliers pour travailler dans leurs champs. Mais même ce soutien, qui fait suite à l’activation fin janvier d’un fond d’urgence de 35 millions d'euros dédié aux producteurs de céréales et de protéagineux, est déjà perçu comme largement insuffisant, tels sont les problèmes structurels auxquels la filière est confrontée, aggravés par cette dernière crise.
Les coûts tirés à la hausse par les engrais
Le plus évident est son extrême dépendance des énergies fossiles importées : non seulement du GNR, mais surtout des engrais azotés, utilisés pour satisfaire les besoins en azote des cultures céréalières. La France en consomme entre 5 et 6 millions de tonnes par an. Puisqu'ils sont fabriqués à partir de gaz, leurs prix ont significativement crû ces dernières années. Après la forte hausse des années 2021 et 2022, due aux perturbations logistiques liées au Covid, puis à la guerre en Ukraine, ils n'ont ensuite jamais retrouvé leurs niveaux antérieurs, et ont dernièrement de nouveaux grimpé « de 20 à 30% en trois semaines selon les produits », déplore l'interprofession de la filière, Intercéréales.