Au total, les grandes banques mondiales ont alloué 2 784 milliards d’euros de financements aux énergies fossiles entre 2021 et 2024, contre 1 160 milliards d’euros aux soutenables.
NO/BS/DH/ - REUTERS - Nick Oxford
INFOGRAPHIE. Malgré une tendance à la baisse, les financements fléchés par les banques françaises vers les énergies fossiles ont atteint le montant colossal de 182 milliards d’euros entre 2021 et 2024. Contre quelque 127 milliards d’euros en faveur des énergies soutenables.
Les énergies fossiles reçoivent toujours plus de milliards que les énergies vertes de la part des banques françaises. C’est ce qui ressort du rapport Banking on Business as Usual, publié ce mardi. Réalisé par plusieurs ONG, dont Reclaim Finance, WWF, Urgewald ou encore Rainforest Action Network, il dresse une évaluation des financements alloués par les 65 plus grandes banques mondiales aux énergies fossiles et aux énergies dites « soutenables », un terme plus restrictif que la catégorie des renouvelables puisqu’il exclut, par exemple, la bioénergie ou certains projets hydroélectriques.
La Tribune s’est penché sur le cas des six banques françaises – BNP Paribas, Crédit agricole, Crédit mutuel, groupe BPCE, La Banque postale et Société générale – figurant dans cette étude.
Mention peut mieux faire
Les six banques françaises analysées ont déboursé à elles toutes 214,9 milliards de dollars (182 milliards d’euros) en faveur des énergies fossiles entre 2021 et 2024. Ces financements incluent des prêts et d’autres instruments de crédits associés.
Bonne nouvelle néanmoins : une tendance à la baisse à deux chiffres se dégage pour quatre d’entre elles (BNP Paribas, Crédit mutuel, La Banque postale et Société générale). Ce qui est synonyme d’une tendance « compatible » avec la trajectoire « zéro émission nette à l'horizon 2050 » fixée par l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) afin de limiter le réchauffement planétaire à +1,5 °C. Pour le Crédit agricole, la baisse (– 8 %) « va dans la bonne direction » mais se révèle encore « insuffisante », indique l’étude. Quant au groupe BPCE, c’est la sonnette d’alarme qui est tirée, puisque les investissements vers les énergies fossiles ont augmenté, bien que faiblement (+1 %).
Concernant les énergies soutenables, les financements des banques françaises ont atteint un total de 149,5 milliards de dollars (environ 126,7 milliards d’euros) sur la période 2021-2024. Si toutes les ont augmentés, seuls Crédit agricole et La Banque postale enregistrent une tendance à la hausse « compatible » avec la trajectoire net zéro.
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Pour un euro aux fossiles, quelques centimes aux soutenables
Les ONG ont utilisé le montant de ces investissements pour calculer, pour chacune des banques, leur ratio de financement de l’approvisionnement énergétique, « un indicateur essentiel pour évaluer leur contribution à la transition énergétique », peut-on lire dans l’étude. Trois des six banques françaises dégagent un ratio positif : BNP Paribas (ratio de 1/1), Crédit mutuel (6,92/1) et La Banque postale (8,97/1). Concrètement, cela signifie que, pour chaque euro accordé aux énergies fossiles, elles ont respectivement alloué 1 euro, 6,92 euros et 8,97 euros aux alternatives soutenables.
À l’inverse, Crédit agricole, groupe BPCE et Société générale ont enregistré un ratio négatif, ce qui induit qu’elles ont consacré moins d’un euro aux énergies soutenables pour chaque euro investi dans les énergies fossiles. Contactées, ces trois banques n’ont pas répondu à la sollicitation de La Tribune dans les délais impartis à la publication de cet article.
Selon la Fédération bancaire française (FBF) les banques françaises « sont conscientes de l’importance » du ratio entre financements des énergies fossiles d'un côté et de la transition énergétique de l'autre. « Leur objectif est bien d’augmenter ce ratio en soutenant de plus en plus les énergies renouvelables et en se désengageant progressivement des énergies fossiles », a commenté l'organisme professionnel qui représente les banques installées en France.
Bonnes élèves, dans un ensemble mauvais
Au total, les 65 grands établissements bancaires analysés ont accordé 3 285 milliards de dollars (2 784 milliards d’euros) de financements aux énergies fossiles entre 2021 et 2024, contre 1 368 milliards de dollars (1 160 milliards d’euros) aux énergies soutenables. Soit un ratio de 0,42 /1.
Les banques françaises s’affichent plutôt bonnes élèves en comparaison avec leurs homologues du reste du monde. Celles des États-Unis et du Canada se placent en bas du classement, avec des ratios respectifs de 0,25:1 et 0,22:1. Dit autrement, elles ont accordé quatre fois plus de financements aux énergies fossiles qu’aux énergies soutenables. C’est un peu mieux du côté des banques japonaises (0,35/1) et chinoises (0,52/1). Au global, les banques européennes peuvent se targuer du meilleur ratio (0,70/1).
Notons toutefois que selon l’AIE, d’ici à 2030, il faudrait que chacune atteigne un ratio de 6/1. Un (très grand) pas reste donc encore à faire.