140 milliards d'euros supplémentaires ont été fléchés vers les énergies fossiles par les grandes banques mondiales en 2024 par rapport à 2023 (photo d'illustration).
David Gray
Énergies fossiles : les financements par les grandes banques mondiales sont repartis à la hausse en 2024
INFOGRAPHIES. Les principales banques mondiales ont accordé près de 750 milliards d'euros de financements au profit des énergies fossiles en 2024, en hausse de +23 % sur un an. Si les françaises ne représentent qu'une petite partie (6 % du total), elles ont également davantage mis la main au portefeuille qu'en 2023.
869 milliards de dollars (751,5 milliards d'euros) : c'est la somme, colossale, que les grandes banques mondiales ont fléchée en 2024 vers les énergies fossiles. Et ce, sous forme de prêts, d'émissions d'actions ou d'obligations, qui sont allés directement aux entreprises du pétrole, du gaz et du charbon, selon le rapport Banking on Climate Chaos, réalisé par un consortium d'ONG*, et publié ce mardi. La moitié environ de ce montant total a été consacrée à l'expansion des énergies fossiles, est-il précisé.
Ces financements ont augmenté de +23 % par rapport à l'année précédente, se rapprochant du niveau de 2021 après deux années consécutives de baisse, en 2022 et 2023. Plus des deux tiers des 65 banques étudiées ont ainsi débloqué davantage d'argent en 2024 en comparaison avec 2023.
D'après le rapport, cette évolution à la hausse s'explique, d'une part, par « la baisse des taux d'intérêt en 2024 » qui a fait reculer « le coût des emprunts ». Et, d'autre part, par « un contexte général propice au désengagement climatique ». Ce, alors qu'en 2024, la hausse des températures mondiale a dépassé, pour la première fois, le seuil critique de réchauffement de 1,5 °C, fixé par l'accord de Paris sur le climat de 2015.
Au total depuis 2015, ce sont près de 8 000 milliards de dollars (6,9 milliards d'euros) de financements qui ont été alloués par les grandes banques mondiales aux énergies fossiles.
Si l'on se penche sur les six grandes banques françaises, la totalité des financements qu'elles ont octroyés en 2024 s'affiche aussi en augmentation. De +19,2 %, soit 8 milliards de dollars (environ 6,9 milliards d'euros) supplémentaires, passant de 41,6 milliards de dollars débloqués en 2023 (36 milliards d'euros) à 49,6 milliards en 2024 (42,9 milliards d'euros).
Une hausse portée par BNP Paribas (+2,9 milliards d'euros), le groupe BPCE (+2,8 milliards d'euros) et Société générale (+1,6 milliard d'euros). A contrario, les trois autres ont baissé leur enveloppe de financements en 2024 (-839 millions d'euros pour Crédit agricole, -149 millions d'euros pour Crédit mutuel et -63 millions d'euros pour La Banque postale).
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Les sociétés bancaires françaises sont en outre pointées du doigt dans le rapport pour avoir accordé 20 milliards de dollars (17,3 milliards d'euros) en 2024 aux nouveaux projets d'énergies fossiles. Un soutien qui provient en quasi-totalité de quatre des six banques, à savoir BNP Paribas (5,1 milliards d'euros), Crédit agricole (4,7 milliards d'euros), Société générale (4,1 milliards d'euros) et BPCE (3,6 milliards d'euros).
Le groupe BPCE fait d'ailleurs l'objet d'un focus particulier de l'ONG Reclaim Finance, qui le qualifie de « mauvais élève français en 2024 ». Car c'est la banque française qui affiche « les tendances les plus inquiétantes », selon l'organisme. « C'est la seule [parmi les françaises] à avoir augmenté ses financements à l'expansion fossile par rapport à 2021 », où ils avaient été de 3 milliards d'euros. Le groupe mutualiste s'est défendu ce mardi, affirmant dans une déclaration à l'AFP que les données collectées dans le rapport « ne reflètent en rien la réalité ». La banque a aussi mis en avant ses « engagements volontaires » en matière de décarbonation.
À l'échelle du reste de la planète, les banques des États-Unis s'affichent comme les plus grands financeurs des énergies fossiles en 2024. Elles ont fourni un tiers (33 %) des investissements totaux de cette année-là, soit 289 milliards de dollars (250 milliards d'euros). Les trois banques les plus proactives en la matière ont toutes été américaines (JPMorgan, Bank of America et Citigroup). Et dans le « top 10 », cinq sont basées outre-Atlantique (avec Wells Fargo et Goldman Sachs).
Du côté du Vieux Continent, les banques européennes représentent 23 % des financements accordés au secteur des énergies fossiles. Parmi lesquelles les banques françaises comptent pour 6 %, le niveau le plus élevé de tous les pays membres de l'Union européenne. Les banques canadiennes ne sont pas en reste (15 % du total des financements accordés), tout comme celles chinoises (14 %) et celles japonaises (12 %).
* Les ONG à l'origine du rapport « Banking on Climate Chaos » : Reclaim Finance, Rainforest Action Network, BankTrack, Center for Energy, Ecology, and Development, Indigenous Environmental Network, Oil Change International, Sierra Club et Urgewald.