L’Inde et la Chine douchent les espoirs d’une production d’acier plus verte

La Chine et l'Inde sont déjà actuellement les principaux producteurs d'acier au monde.
© Agathe Perrier, La Tribune

La Chine et l'Inde sont déjà actuellement les principaux producteurs d'acier au monde.
© Agathe Perrier, La Tribune
C’est l’une des industries les plus émettrices de gaz à effet de serre et elle devrait le rester. La production mondiale d’acier, responsable de 11 % des émissions de gaz à effet de serre, va augmenter dans les prochaines années. Bien qu’il existe des moyens de produire en impactant moins la planète, la production à base de charbon est vouée à perdurer.
Ainsi, 319 millions de tonnes par an (Mt/an) de capacités de production de hauts fourneaux au charbon ont été annoncées ou lancées en construction à l'échelle mondiale en 2025, selon le rapport annuel de l’ONG américaine Global Energy Monitor publié ce lundi. Ce qui va à l’encontre des préconisations pour décarboner le secteur.
Une partie des hauts fourneaux actuellement en exploitation doit bien être mise hors service. Reste que les 141 Mt/an qui ont fait ou font l’objet de plans de fermeture sont loin de compenser les futures capacités.
Actuellement, les deux tiers (65 %) de la production mondiale d’acier est assurée par des technologies reposant sur le charbon. Soit 1,44 milliard de tonnes sur un total de quelque 2,2 milliards produites chaque année. Or « la persistance de la production d'acier à base de charbon met en péril la décarbonation » du secteur, rappelle Global Energy Monitor.

La production via les fours électriques à arc, moins polluants, est bien en progression, mais trop faiblement pour l’heure. Elle a représenté 34 % de la production totale d’acier en 2025 (727 millions de tonnes), contre 33 % l’année précédente, soit une hausse de seulement un point. « Les perspectives restent sombres pour la transition de l'acier loin des combustibles fossiles », déplore ainsi Astrid Grigsby-Schulte, cheffe de projet au sein de l’ONG américaine.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

La transition de l'industrie sidérurgique repose en grande partie sur les choix de la Chine et de l’Inde. Car les deux pays portent, à eux seuls, plus de la moitié (52 %) des nouvelles capacités mondiales de production d'acier et 86 % de celles à partir de charbon.

L’Inde a particulièrement l’avenir de la filière entre ses mains puisque c’est chez elle que près de la moitié (37 %) de toutes les capacités de production sidérurgique en développement entreront en service. Cette expansion repose pour le moment fortement sur les technologies utilisant le charbon (78 % du total).
Il est néanmoins possible de revenir en arrière puisque à peine 5 % des chantiers ont démarré. « Une importante opportunité d'intervention subsiste pour réorienter le pays vers des filières décarbonées », soulignent les auteurs du rapport. Encore faut-il que le gouvernement indien en ait l’envie.
La Chine a aussi un rôle à jouer. Car si le pays devait mettre moins de nouvelles capacités de production en marche que l’Inde, il demeure, et de loin, le leader mondial en termes opérationnels. Il assure en effet actuellement la production de 1,1 milliard de tonnes d’acier par an, contre 140 millions pour l’Inde et 111 millions pour les États-Unis, qui complètent le podium des plus gros producteurs de la planète.
La Chine fait cependant preuve de bonne volonté puisque 39 % de ses capacités en développement reposeront sur la technologie des fours à arc électrique, moins polluante que le charbon. Cette transition est néanmoins « freinée par les installations existantes à base de charbon », dont la très grande majorité (94 %) ne fait l'objet d'aucun plan de fermeture. Dit autrement : ces nouvelles capacités plus « vertes » sont vouées à être noyées dans l’important parc de centrales à charbon existant.