EXCLUSIF. À l'occasion de l'Aeroforum, la présidente du CORAC et vice-présidente exécutive avionique de Thales analyse pour La Tribune les challenges qui attendent la filière aéronautique européenne.
Vice-présidente de l'avionique chez Thales et réélue cet été présidente du comité de pilotage du CORAC (Conseil pour la recherche aéronautique civile), Yannick Assouad a livré une analyse percutante sur les challenges qui attendent la filière aéronautique européenne en ouverture de l'Aeroforum organisé par La Tribune le 13 novembre depuis l'aéroport Toulouse-Blagnac.
LA TRIBUNE - Comment la filière aéronautique européenne peut-elle résister face à tous les grands bouleversements mondiaux, que ce soit la montée du protectionnisme américain et les velléités asiatiques ?
YANNICK ASSOUAD - L'aéronautique civile européenne est une industrie puissante, pesant 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires dont 60 milliards en France et 20 milliards en Occitanie. Nous savons fabriquer de bout en bout des avions civils et militaires, aussi bien l'aéronef que le moteur ou tous les systèmes complexes. Nous n'avons rien à envier aux États-Unis puisque nous sommes arrivés à un niveau égal voire supérieur dans certains domaines. Pour autant, il faut continuer à en faire une priorité d'investissement à moyen et long terme. On ne s'invente pas numéro 1 mais on peut aussi retomber, beaucoup d'avionneurs américains peuvent en témoigner.
Il nous reste des points de dépendance à régler dans les matériaux comme le titane, mais aussi les terres rares dont on parle beaucoup en ce moment en raison des différends entre les Etats-Unis et la Chine. Par ailleurs, nous ne sommes pas souverains en Europe sur les composants électroniques.
Pour rester numéro 1, nous devons aussi faire face à un défi de compétitivité. Si nos avions, aujourd'hui, ne sont pas à 100% européens, ce n'est pas par manque de savoir-faire mais parce que cela coûte cher de produire en Europe. Notre offre coût n'est à pas à la hauteur de nos grands compétiteurs.
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Enfin, nous nous ferons pas le successeur de l'A320 sans soutien public. L'investissement en R&T prend du temps : il faut compter 15 à 20 ans pour introduire une technologie nouvelle sur un avion. Aucun investisseur privé n'attend aussi longtemps pour avoir un retour financier.