Exploitation du bois : les opposants aux projets de carburants issus de biomasse sonnent l'alerte

Des collectifs opposés aux usines de carburant issus de biomasse se sont mobilisés à Mourenx le 30 juin.
Pyrénées Forêts Vivantes

Des collectifs opposés aux usines de carburant issus de biomasse se sont mobilisés à Mourenx le 30 juin.
Pyrénées Forêts Vivantes
Le lieu de rendez-vous était plus que symbolique. Ce 30 juin dans l'après-midi, le collectif Forêts Vivantes Pyrénées, qui rassemble 75 associations de défense de l’environnement du Sud-Ouest, avait donné rendez-vous à Mourenx, l’une des communes du bassin industriel de Lacq, pour clore une semaine de mobilisation. Ils étaient plus d’une centaine, selon le collectif, rassemblés pour alerter les passants au rond-point Monsieur-Monde. Doté d’un bonhomme en forme de globe, il jouxte justement le terrain où la PME lyonnaise Elyse Energy, qui porte d’autres projets ailleurs en France, souhaite implanter l’une de ses trois usines locales de production de carburants pour avions et cargos.
C’est cet énorme projet, appelé E-cho, qui devrait mobiliser deux milliards d’euros, ainsi que deux autres projets industriels plus petits prévus dans le Béarn que le collectif a dans le viseur : il s’agit de la bioraffinerie de carburant routier Nacre (Nouvelle-Aquitaine Cellulosic Residues Ethanol) à Lacq portée par un consortium et de la plus grande usine nationale de biochar, du charbon végétal utilisé principalement comme engrais, projetée par Miraïa à Garlin. Si leurs procédés sont différents, le point commun est d’avoir recours à de la biomasse, en partie agricole, mais avant tout forestière.
Pour Forêts Vivantes Pyrénées ainsi que les autres collectifs (Morvan, Limousin...) participant à la conférence organisée vendredi dernier par GreenVoice, la plateforme de mobilisation citoyenne de Greenpeace France, ce sont des projets anachroniques. « Les forêts jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat et du cycle de l’eau. Or, le changement climatique a des effets délétères : la mortalité des arbres est en hausse de 125% en dix ans d’après l’IGN (sécheresses successives, prolifération de champignons et insectes, incendies...) et leur croissance ralentit. Alors que les forêts souffrent, les prélèvements sont en hausse et les projets industriels reposant sur le bois comme matière renouvelable se multiplient paradoxalement », pointe Clément Helary, chargé de campagne forêts chez Greenpeace.
« La chimie verte présente un nouveau type de menace : elle se sert du bois comme source de carbone. Or, en ajoutant le projet de chaufferie industrielle portée par Engie Cofely à Lacq, il faudrait plus d’un million de tonnes supplémentaires par an », souligne Solal Bordenave, porte-parole de Forets Vivantes Pyrénées. Un volume important comparé à la récolte, qui était de 9,9 millions de tonnes en 2024 en Nouvelle-Aquitaine.
Outre la menace écologique, le collectif relaie l’inquiétude exprimée par les industriels du bois eux-mêmes : la Fibna (Fédération des industries de bois de Nouvelle-Aquitaine) alerte sur le risque d’une véritable guerre du bois dans le massif des Landes de Gascogne, pourtant le plus important de France. Et ce malgré l’arrêt d’un autre grand projet, une usine de panneaux de bois prévue par Swiss Krono à Fargues-sur-Ourbise (Lot-et-Garonne), qui a renoncé fin janvier notamment en raison de la dégradation du marché immobilier.
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« Ces trois projets ne vont pas créer de l’emploi, mais au contraire en détruire en déstructurant la filière », argumente Solal Bordenave, saluant les positions adoptées par certaines communes, dont l’agglomération Pays basque (158 communes) qui a voté une motion contre le projet E-cho, et la création du comité biomasse par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques en juin dernier, même si le collectif n’est plus autorisé à y participer.
Pour les opposants, le temps presse. C’est le cas aussi pour les industriels, qui motivent leurs projets d’ailleurs par la même urgence climatique et la volonté de contribuer à la souveraineté énergétique. E-cho fait d'ailleurs partie des grands projets « Notre-Dame » soutenus par le gouvernement. « Le fait que notre projet soit parmi les 150 “cathédrales industrielles” est une véritable reconnaissance politique, mais maintenant il est temps de passer à l’action, car la Chine avance très vite », soulignait récemment Benoît Decourt, directeur général affaires publiques et stratégie d’Elyse Energy.
La société, qui rappelle sur son site la vaste concertation menée - 33 réunions en 3 ans - ayant permis « des améliorations majeures, dont la division par deux du bois énergie et par 25% de la consommation en eau », espère démarrer l’enquête publique « cet automne pour pouvoir prendre une décision d’investissement mi-2027 et lancer la production en 2030 ».
Pour Nacre, l’enquête publique est terminée : même si le commissaire enquêteur a notamment pointé dans son rapport « le pari sur l’avenir » que constitue « le développement en huit années de cultures de bambou et miscanthus particulièrement confidentielles aujourd’hui dans le Sud-Ouest », qui devraient compléter les rafles de maïs et le bois, la préfecture a donné son feu vert le 9 juin dernier. Ce projet, qui repose sur un procédé utilisant des champignons génétiquement modifiés mis au point par le centre de recherche IFP Energies Nouvelles dont est issu le directeur général Jean-Christophe Viguie, est plus petit, mais surtout moins connu.
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Ses actionnaires - parmi lesquels la coopérative agricole Euralis, mais aussi Axens, la compagnie aérienne luxembourgeoise Cargolux et la coopérative forestière Alliance Forêts Bois - ont fait le choix de faire profil bas, en attendant de confirmer la décision d’investissement, attendue d’ici la fin de l’année selon nos informations. « Nous préparons un recours juridique contre ce projet », révèle Solal Bordenave. Quant à Miraïa, qui espérait lancer sa production de biochar fin 2026, la société vient d’être placée en sauvegarde, ce qui pourrait, de fait, mettre fin au projet.
Annelot Huijgen