SCAF : l'Allemagne dit n'avoir pas besoin du même avion que la France
latribune.fr
Une maquette du Future Combat Air System (SCAF) exposée lors du 54e Salon international de l'aéronautique et de l'espace au Bourget en juin 2023.
BT/PKP - REUTERS - BENOIT TESSIER
Le chancelier allemand a déclaré dans un entretien qu'il n'avait pas besoin du même avion que la France, alimentant une fois de plus les craintes que le programme système de combat aérien du futur (SCAF) ne puisse voir le jour. Outre les tensions entre les deux pays, les industriels n'arrivent pas non plus à se mettre d'accord.
Les informations à retenir
SCAF: tensions entre l'Allemagne et la France
-Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a indiqué dans un entretien que son pays n'avait pas besoin du même avion que la France.
-L'Allemagne avait promis de décider de l'avenir de sa participation au projet avant la fin 2025, mais n'a cessé de la reporter depuis.
- Le programme est également miné par les tensions entre industriels car le français Dassault, désigné comme maître d'œuvre, réclame plus d'autonomie pour sa fabrication.
Berlin pourrait-il abandonner le programme système de combat aérien du futur (SCAF) ? Le doute s’est une nouvelle fois immiscé après que le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré dans un entretien diffusé mercredi que son pays n'avait pas besoin du même avion que la France. Ses propos interviennent alors que la liste des différends franco-allemands est croissante, Berlin reprochant à la France des efforts « insuffisants » en matière de dépenses de défense ou encore d'avoir voulu bloquer un accord commercial avec des pays sud-américains.
« Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d'avions de combat, d'un avion capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer à partir d'un porte-avions. Ce n'est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l'armée allemande », a dit le chancelier dans le podcast allemand Machtwechsel.
De son côté, Emmanuel Macron a dit rester « engagé pour le succès du projet » et juge « incompréhensible » que les divergences ne soient pas « surmontées ».
Désaccord entre les deux pays
Le chancelier allemand a relevé que la France et l'Allemagne sont donc « en désaccord sur les spécifications et les profils » de l'avion de combat que les deux pays sont censés développer ensemble. « La question qui se pose maintenant est la suivante : avons-nous la force et la volonté de construire deux avions pour ces deux profils d'exigences différents, ou seulement un seul ? », a-t-il demandé, avant de noter que la France n'en veut « qu'un seul » répondant à ses exigences. Pour le chancelier, si ce problème n'est pas résolu « nous ne pourrons pas poursuivre le projet », assurant qu'il y avait « d'autres (pays) en Europe », prêts à travailler avec Berlin.
L'Allemagne avait promis de décider de l'avenir de sa participation au projet avant la fin 2025, mais n'a cessé de la reporter depuis, Paris insistant sur la viabilité du projet. Berlin devrait développer son propre avion de combat en s'alliant à des partenaires, estimaient ainsi la semaine dernière le vice-président du puissant syndicat de la métallurgie IG Metall, Jürgen Kerner, et la présidente de la Fédération allemande des industries aéronautiques, Marie-Christine von Hahn.
L'Allemagne, qui a lancé un gigantesque plan d'investissement pour disposer de la première armée conventionnelle d'Europe, reproche à la France de ne pas en faire assez pour accroître ses dépenses militaires en réduisant les dépenses sociales.
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Tensions entre industriels
Lancé en 2017 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoints par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, « un cloud de combat ». Le SCAF vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici à 2040, dans un contexte de réarmement européen face aux tensions accrues avec la Russie.
Le programme est également miné par les tensions entre industriels car le français Dassault, désigné comme maître d'œuvre, réclame plus d'autonomie pour sa fabrication, ce qui irrite l'Allemagne et l'Espagne, représentées par Airbus. « Ce ne serait pas la fin du monde, si on arrivait à la conclusion qu'il fallait construire deux avions. Cela rendrait le système SCAF plus résilient », a estimé fin de semaine dernière une source industrielle allemande, qui plaide pour garder « ce qui marche » en termes de collaboration franco-allemande, notamment la coopération dans les moteurs. Une solution à deux avions pourrait être judicieuse sur le plan militaire, car les exigences de l'Armée de l'air française sont différentes de celles de la Luftwaffe. Les avions français doivent pouvoir atterrir sur un porte-avions ou transporter des armes nucléaires. La Luftwaffe a quant à elle plutôt besoin d'un avion de défense aérienne.
En effet, du côté du moteur, le partenariat entre le motoriste français Safran et l'allemand MTU « marche bien », a fait valoir néanmoins vendredi dernier le directeur général de Safran.