Quelle épitaphe pour le SCAF, le Système de combat aérien du futur européen ?

Maquette du SCAF exposé au salon du Bourget
reuters

Maquette du SCAF exposé au salon du Bourget
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Y a-t-il une autre vie pour un programme européen de combat aérien du futur au-delà du SCAF (Système de combat du futur) en très grande souffrance depuis plusieurs mois ? C'est à cette question que doivent répondre aujourd'hui à Berlin les trois ministres allemand, espagnol et français de la Défense (Boris Pistorius, Margarita Robles et Catherine Vautrin respectivement) ainsi que les principaux industriels concernés par le SCAF. Car, sauf miracle à Berlin, le programme SCAF, évalué à 100 milliards d'euros, a très peu de chance de survivre tel qu'il a été imaginé dès 2017 par Emmanuel Macron et dans sa forme actuelle (un avion de combat). La phase 1B risque d'être probablement la dernière.
Est-ce la réunion de la dernière chance ? S'il faut rester prudent sur les tournures définitives avec des programmes très politiques comme le SCAF, cette rencontre va très certainement envoyer un signal fort sur la volonté de sauver ce qui peut l'être encore entre l'Allemagne, l'Espagne et la France. Le plan B le plus solide est de recentrer le programme sur un cloud de combat commun et interopérable avec deux avions de combat différents. Emmanuel Macron ne s'y est pas encore résolu. « On y croit, on avance et on va passer les messages qu'il faut aux industries », a annoncé mi-novembre le président lors d'un sommet sur la souveraineté technologique à Berlin.
Ce qui est sûr, c'est que le président de la République tient à ce programme dans sa forme actuelle. Ce programme a une « obligation de résultat » et représente un « test de crédibilité » pour l'Europe, a-t-il expliqué mi-novembre. Toutefois, il n'a semble-t-il plus le pouvoir de tordre le bras à Dassault Aviation pour qu'il se rabiboche avec son partenaire Airbus sur le fameux pilier 1 du SCAF (Avion de combat du futur ou NGF), dont le leadership est incohérent (deux tiers Airbus - Allemagne et Espagne - et un tiers Dassault, à qui on a confié la maîtrise d'oeuvre). Aussi « les positions des deux groupes sont irréconciliables », confirme une source proche du dossier.
Pourquoi sont-ils si opposés ? « La question centrale est le 'lead share' entre Dassault et Airbus (partage du leadership, ndlr) : qui a le pouvoir de décider quoi, qui va être inclus dans une décision. Sur ces points, il y a un désaccord fondamental » entre les deux groupes, précise une autre source proche du dossier. Airbus plaide pour un leadership plus « inclusif » tandis que Dassault s'arcboute sur une gouvernance du pilier 1 beaucoup plus claire, voire sans partage, comme l'a expliqué mercredi sur France Inter Guillaume Faury : « si un acteur dit : c'est à mes conditions ou ça n'est pas. Ce n'est pas très favorable » à une coopération. Le président exécutif d'Airbus ne semble d'ailleurs plus croire à une issue positive pour le SCAF. « Je ne pense pas qu’un projet industriel ambitieux puisse réussir sans un leader clairement identifié. Donnez-moi un exemple d’un projet de cette ampleur qui fonctionne sans un chef d’orchestre », avait rappelé fin juillet le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier.
A Paris, certains ont suggéré qu'il fallait couper les commandes à l'avionneur français pour le faire céder. Mais est-ce bien raisonnable au moment où le monde devient si dangereux ? Une telle décision pénaliserait beaucoup plus l'armée de l'air française que Dassault Aviation, dont le carnet de commandes est plein à l'export. L'avenir du SCAF tient aujourd'hui à la volonté de Dassault Aviation,
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Le Chancelier allemand Friedrich Merz reste pour le moment sur la même ligne qu'Emmanuel Macron : un seul avion de combat. Mais il doit aussi tenir compte de la fragilité de sa coalition qui est déchirée sur l'avenir du SCAF. Car l'avionneur exaspère et désespère de plus en plus l'Allemagne. Ainsi, le puissant syndicat de l'industrie allemande, IG Metall, a déclaré dans un courrier adressé lundi aux ministres allemands de la défense, Boris Pistorius et des Finances, Lars Klingbeil, ne « plus faire confiance à Dassault » au sujet du SCAF. « Nous aimons travailler avec des entreprises françaises », a assuré IG Metall, « mais pas avec Dassault ».
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Mi-novembre en présence d'Emmanuel Macron, le Chancelier avait expliqué que les deux dirigeants allaient d'ici la fin de l'année « en discuter dans les prochains jours et prendre une décision sur la manière de passer à la phase suivante ». En Allemagne, une question se poset de plus en plus au sujet du SCAF, explique-t-on à La Tribune : « c'est sans Dassault et sans la France ? ». Un tel scénario serait terrible pour la France, qui devrait alors financer intégralement un avion de 6e génération dans un contexte financier catastrophique...
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