Aérien : la chute de Spirit Airlines marque-t-elle la fin du bas prix illimité ?
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Un vol de la compagnie Spirit Airlines atterrit à l'aéroport international de Fort Lauderdale-Hollywood en avril 2026.
REUTERS/Marco Bello
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Un vol de la compagnie Spirit Airlines atterrit à l'aéroport international de Fort Lauderdale-Hollywood en avril 2026.
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Spirit Airlines a arrêté tous ses vols dans la nuit de vendredi à samedi après l'échec de négociations avec ses créanciers. Pionnière du modèle ultra-bas prix aux États-Unis depuis 34 ans, la compagnie employait plus de 16 000 personnes et transportait 28 millions de passagers par an. Sa disparition brutale révèle la fragilité structurelle du low-cost face aux crises extérieures.
Le low-cost repose sur une stratégie simple : vendre des billets à des prix défiant toute concurrence en réduisant les coûts au maximum. Spirit avait formalisé ce modèle entre 2007 et 2011 sous la direction du PDG Ben Baldanza, en supprimant les prestations incluses, densifiant les cabines et facturant à la carte chaque service. Résultat : des billets à quelques dizaines de dollars, mais des marges ultrafines qui ne laissent aucune marge d'erreur.
Quand le prix du kérosène explose, ces compagnies n'ont qu'une variable d'ajustement : annuler des vols. Impossible d'augmenter les tarifs sans perdre leur compétitivité, impossible d'absorber la hausse sans déséquilibrer l'ensemble du système. Les compagnies traditionnelles peuvent compenser grâce aux classes affaires, aux contrats avec les entreprises et aux services premium, mais les low-cost n'ont pas ces leviers.
Spirit avait construit ses projections 2026 sur un prix du kérosène à 2,24 dollars le gallon. La réalité a tout bouleversé : le prix a atteint 1 730 dollars la tonne le 19 mars 2026, soit plus du double de son niveau d'avant-crise.
Spirit n'était pas en bonne santé avant la flambée du kérosène. La compagnie avait accumulé plus de 2,5 milliards de dollars de pertes depuis 2020 et s'était placée sous protection de la faillite deux fois en moins d'un an : en novembre 2024 après l'échec de sa fusion avec JetBlue, puis en août 2025 avec 8,1 milliards de dollars de dettes. Certains analystes qualifient cette situation de « Chapter 22 », comprendre : deux dépôts de bilan (le fameux « chapitre XI ») rapprochés.
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La hausse du kérosène a été « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase », explique Jan Brueckner, professeur émérite d'économie à l'université de Californie à Irvine. Spirit devient ainsi la première grande compagnie américaine à disparaître en 25 ans. Richard Aboulafia, directeur de la société de conseil AeroDynamic, estime que « Spirit Airlines était condamnée depuis des années à cause d'un modèle stratégique profondément défaillant » et que « les prix élevés du kérosène n'ont fait qu'accélérer le jour du jugement ».
Sur l'année 2025, Spirit a enregistré un chiffre d'affaires de 3,8 milliards de dollars, en recul de 22,7 %, pour une perte nette de 2,76 milliards de dollars. La capacité comme le nombre de départs ont été réduits de plus de 22 %, avec une utilisation moyenne des avions tombant à 7,7 heures par jour. Autrement dit, la compagnie a déjà taillé dans la flotte et le programme, mais sans parvenir à retrouver l'équilibre.
Le président américain Donald Trump s'était mobilisé fin avril pour tenter de sauver Spirit, évoquant un rachat par l'État fédéral. Le projet prévoyait un renflouement de 500 millions de dollars en échange de titres convertibles qui auraient donné à l'État jusqu'à 90 % du capital. Mais les créanciers ont rejeté le plan.
L'échec a été acté jeudi soir lors d'un appel téléphonique entre le secrétaire au commerce Howard Lutnick et le PDG Dave Davis, selon le Wall Street Journal. Les quelque 17 000 employés ont été informés samedi à l'aube. Les passagers qui avaient réservé seront intégralement remboursés, les fonds ayant été mis en réserve, a assuré Sean Duffy.
La disparition de Spirit n'est pas un cas isolé. En Europe, plusieurs compagnies low-cost ont déjà déclenché des plans d'annulation massifs ou pris des mesures radicales. Volotea a par exemple instauré le « Fair Travel Promise », une clause lui permettant de facturer un supplément aux passagers qui ont déjà acheté leur billet, pour compenser la volatilité des prix du kérosène. Les compagnies comme Lufthansa, Transavia, EasyJet ou Volotea ont dû adapter leur programme.
Les vols court et moyen-courriers sont les premiers sacrifiés, car moins rentables. Les liaisons entre grands hubs, les lignes concurrencées par le train et les destinations touristiques saturées sont les plus menacées.
Même les compagnies traditionnelles souffrent. American Airlines a publié le 23 avril des résultats records au premier trimestre 2026, avec un chiffre d'affaires de 13,9 milliards de dollars en hausse de 10,8 %. Pourtant, le groupe a immédiatement révisé ses prévisions annuelles à la baisse, anticipant un surcoût carburant de 4 milliards de dollars pour l'ensemble de l'exercice. Delta Air Lines anticipe un surcoût de 2 milliards de dollars sur le seul deuxième trimestre 2026, avec un prix du carburant estimé à 4,30 dollars le gallon.
L'impact à long terme pourrait être significatif. Bradley Akubuiro, de la société de conseil Bully Pulpit International, estime que Spirit était « une force puissante de maintien des tarifs bas aux États-Unis ». Sa disparition pourrait se traduire par une hausse durable des prix des billets sur le marché américain. Le modèle low-cost n'est pas condamné, mais sa fragilité structurelle est désormais exposée au grand jour : dès que les conditions économiques deviennent instables, les compagnies à bas prix sont les premières à vaciller.
(Avec AFP)
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