Pourquoi la Chine n’a commandé que 200 avions à Boeing au lieu des 500 espérés

Olivier James (avec agences)

La Chine a promis de passer commande pour 200 appareils à Boeing. Et peut-être 750 de plus...
CLH/DR/ - REUTERS - David Ryder

Olivier James (avec agences)

La Chine a promis de passer commande pour 200 appareils à Boeing. Et peut-être 750 de plus...
CLH/DR/ - REUTERS - David Ryder
Depuis des mois, la rumeur bruissait d’une méga commande de la part de la Chine pour 500 appareils. Boeing devra finalement se contenter de 200 avions, si tant est que le contrat soit signé, ce qui n’est pas le cas à ce stade. Certes, l’avionneur américain a confirmé, vendredi 15 mai, les propos du président américain Donald Trump, qui avait avancé ce chiffre à son retour d’un voyage de deux jours en Chine. Mais il ne s’agit pour l’heure que d’une promesse. Et qui plus est décevante : le cours de bourse du groupe a perdu près de 10% en l’espace de 48 heures.
Comment expliquer le faible niveau de cette commande ? « La raison pour laquelle la Chine n'achète pas est très simple : personne ne veut acheter un produit sans avoir la garantie d'un service après-vente et d'une assistance technique, a décrypté Li Hanming, un expert indépendant dans l’industrie aéronautique chinoise, auprès de l’agence Reuters. En mai dernier, les États-Unis menaçaient encore d'imposer des restrictions à l'exportation de pièces détachées. S'ils imposent des embargos sur ce type de pièces, qui oserait encore acheter des Boeing ? » Le président Trump a pourtant assuré de l’imminence d’une nouvelle commande, cette fois de 750 appareils.
Dans le secteur aéronautique, la vente d’avions n’est que peu attractive si le constructeur n’est pas en mesure de proposer de quoi assurer l’exploitation des appareils. Ce qui nécessite un réseau de sites de maintenance dans le monde entier ainsi que la possibilité de distribuer des pièces détachées. Or, il y a tout juste un an, les Etats-Unis avait mis en place un embargo visant notamment les livraisons de moteurs leap-1C – fournis par l’américain GE Aerospace et le français Safran – qui équipe le C919 du chinois Comac. Une mesure prise suite aux restrictions à l'exportation de terres rares imposées par… la Chine.
En clair, Boeing fait les frais des tensions géopolitiques croissantes entre les Etats-Unis et la Chine, qui contrôlent de plus en plus leurs exportations. Cette commande chinoise, encore hypothétique, constituerait une opération de taille. Selon une estimation du cabinet de conseil et d'analyse aéronautique IBA, la valeur de cette commande de 200 appareils se situerait entre 17 et 19 milliards de dollars, en supposant que 80 % de la flotte soit composée de 737 MAX. Un chiffre qui pourrait grimper à 25 milliards de dollars si une part plus importante de la commande totale était consacrée aux gros-porteurs, le 787 et le futur 777X.
Surtout, le constructeur américain entrevoit enfin la possibilité de remettre un pied un pays parmi les plus dynamiques en matière de transport aérien. Selon le constructeur américain, pas moins de 44 000 avions devront être fabriqués dans le monde d'ici 2044 pour répondre à la demande, à la fois pour remplacer les appareils existants (21 100) et pour répondre à la croissance de la demande (22 500). Or cette demande devrait provenir à 50% de Chine et de l’Asie du SUD et du Sud-Est.
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Mais depuis près de dix ans, Boeing ne profite pas du boom du marché chinois, contrairement à son rival Airbus. La dernière commande des autorités chinoises à Boeing remonte à 2017 : elle portait sur 300 avions (monocouloirs et long-courrier), pour une valeur estimée à 37 milliards de dollars. La Chine avait par ailleurs été le premier pays à clouer au sol le 737 MAX en 2019, suite au double crash de l’appareil, fin 2018 (en Indonésie) et début 2019 (en Éthiopie). Ce n’est qu’en janvier 2024 qu’un nouveau 737 MAX a pu être livré à une compagnie aérienne chinoise.
Aujourd’hui, Boeing est ainsi en position de numéro deux en Chine, derrière Airbus. L’américain compte dans le pays 1829 appareils en service, contre 2277 pour Airbus, d’après les données du cabinet britannique Cirium. Boeing détient donc 45% de parts marché. Le groupe américain était pourtant largement en tête jusqu’au début des années 2010. Mais l’implantation du groupe européen en 2008 à Tianjin, via une chaîne d’assemblage d’A320, a largement contribué à inverser la tendance : en échange d’un transfert de compétences, Airbus a engrangé les commandes d’avions.
Olivier James (avec agences)