Défense : ces décisions que la présidentielle de 2027 ne pourra plus repousser

Le Paris Air Forum accueillait cette année une table ronde consacrée aux programmes de défense après 2027.
La Tribune

Le Paris Air Forum accueillait cette année une table ronde consacrée aux programmes de défense après 2027.
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Les Français sont-ils conscients des dangers qui les guettent ? Déjà bien réels, sous forme d’ingérences étrangères et de manipulation de l’information et des données, d’attaques cyber et de « guerre des étoiles » dans l’espace. Ou plus éventuels, comme une guerre de haute intensité sur leur sol, avec drones et chars... Quel que soit leur degré d’inquiétude, seraient-ils prêts à consentir les nécessaires efforts, tant financiers qu’humains, pour muscler l’appareil de défense ?
Le prochain président ou la prochaine présidente, à l’issue de l’élection présidentielle de 2027, n’échappera pas à ces questions ni aux décisions, délicates, à prendre. Car aujourd’hui, malgré les multiples pressions, « il manque une stratégie générale pour notre sécurité, regrette Hélène Conway-Mouret, sénatrice (du Groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) représentant les Français établis hors de France et vice-présidente de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Lors des débats parlementaires, on nous demande d’accepter une liste d’objets, sans réelle vision. »
D’où un consensus, de la part des invités à une table ronde, sur la nécessité d’élaborer une loi de programmation militaire qui s’appuierait sur un nouveau livre blanc de la défense et la sécurité nationale. Ce document fixe en effet les orientations stratégiques des 15 prochaines années. « L’un des précédents livres blancs, en 2012, s’est avéré obsolète dès 2015 ! », insiste de son côté Bastien Lachaux, député la France insoumise de Seine-Saint-Denis Aubervilliers et membre de la Commission défense. En effet, l’environnement technique et géopolitique ne cesse d’évoluer – et exige toujours plus d’investissements... En cette période de dette et de déficit, « il faudra faire des choix courageux », remarque Frank Giletti, député (Rassemblement national) du Var et vice-président de la Commission de la défense nationale et des forces armées à l’Assemblée nationale.
Mais quel est le montant idéal pour un budget de réarmement ? Quelque 100 milliards d’euros, soit 3,5 % du PIB français, comme l’a demandé le président Trump, ce que n’a pas manqué de souligner Bastien Lachaux ? En tout cas, puisque LFI veut que la France quitte l’Otan, « notre pays doit être en capacité d’agir seul, même s’il peut également s’associer à d’autres », poursuit ce député, par ailleurs favorable à une conscription nationale, civile et militaire pour les jeunes.
Avec ou sans Otan, « il faut développer l’esprit de défense au sein de la population, ce qui est difficile en temps de paix... », estime de son côté Natalia Pouzyreff. La députée (Renaissance) des Yvelines et secrétaire de la Commission de la défense nationale et des forces armées est favorable au montant de 100 milliards d’euros pour le budget militaire français. « Il faut partir des menaces existantes et se projeter. Cela dit, si la Russie se fait plus agressive, plus rapidement, il faudra monter en puissance avant 2030 », enchaîne-t-elle. Dans un tel contexte, la France agirait évidemment de concert avec le reste des Européens. Ce qui implique dès maintenant de penser à une connectivité et une inter-opérabilité. Sans oublier une capacité de production à la hauteur des besoins.
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Mais avant de parler des moyens financiers – « le chiffre de 100 milliards d’euros n’est qu’un montant slogan, comme l’expression ’économie de guerre’ », tranche le général Christophe Gomart, député européen Les Républicains – « mieux vaudrait d’abord se poser la question : de l’argent pour quoi faire ? ». A écouter les experts, il semble qu’il faille tout faire : défendre le territoire, agir dans le spatial, renforcer le stock d’engins et de munitions (avec combien de porte-avions, de chars de bataille...), accroître la dissuasion, travailler sur l’intelligence artificielle...
Les choix sont complexes et les interrogations nombreuses. « Que veut-on faire exactement avec notre armée ? La faire intervenir partout dans le monde ? », se demande le général. Dans ce cas ou dans un cadre plus restreint, quid du personnel ? Faut-il accroître les recrutements pour muscler l’armée ? Donner un rôle plus étoffé aux réservistes ? Christophe Gomart, qui pense par ailleurs que « l’Otan va se déliter », mise notamment sur ces deux options.
Quant à Natalia Pouzyreff, elle prône l’européanisation de l’Otan et le développement des capacités d’innovation et de production industrielle (pour pouvoir produire 10 000 petits drones par mois à la moindre alerte, par exemple). Alors que « personne n’est content pour l’instant », observe la sénatrice Hélène Conway-Mouret, une nouvelle loi de programmation militaire, qui incarnerait une vision stratégique réactualisée et un format à jour pour les armées réussirait-elle à satisfaire tous les acteurs de la défense ? Face aux nouvelles menaces, elle devra surtout réussir à protéger les Français.
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