New Delhi valide l’achat de 114 Rafale pour 30 milliards d’euros
latribune.fr
Pour New Delhi, l'enjeu de ce nouveau contrat est double : combler rapidement le déficit capacitaire tout en consolidant un partenariat stratégique avec la France.
Avec l’achat de 114 Rafale, l’Inde renforce sa défense aérienne tout en consolidant ses liens économiques et industriels avec la France.
New Delhi a franchi jeudi une étape majeure dans la modernisation de son arsenal aérien en approuvant l’achat de 114 avions de combat Rafale auprès de Dassault Aviation pour un montant de 3.250 milliards de roupies (30 milliards d’euros), à quelques jours de la visite d’Emmanuel Macron dans le pays.
Le ministère indien de la Défense a précisé que le Conseil des acquisitions de Défense avait validé une méga-commande d’équipements militaires pour un total de 3.600 milliards de roupies, comprenant les Rafale et des missiles pour l’armée de l’air, des missiles antichar pour l’armée de terre, ainsi que des avions de reconnaissance P-81, fabriqués par Boeing, pour la marine.
299 exemplaires pour les clients étrangers
Selon le ministère, ces acquisitions « renforceront (notre) capacité à mener des missions de supériorité aérienne sur l’ensemble du spectre des conflits et amélioreront significativement les capacités de dissuasion de l’IAF (Force aérienne indienne) grâce à des frappes offensives de longue portée ». La présidence française a salué ce feu vert comme un « jalon très important » vers un contrat « historique ». « On est optimiste et on espère de bonnes nouvelles prochainement », a déclaré une conseillère d’Emmanuel Macron lors d’un briefing sur son déplacement prévu du 17 au 19 février.
Si le chiffre de 114 avions est confirmé, il représenterait l’équivalent du parc de Rafale actuellement détenu par l’armée de l’air française et constituerait le plus gros contrat export pour cet avion de combat, dont 299 exemplaires ont déjà été commandés par des clients étrangers, dont 80 par les Émirats arabes unis. L’Inde avait précédemment acquis 36 Rafale en 2016, puis 26 Rafale Marine destinés à équiper ses deux porte-avions l’an passé.
« Make in India »
Cette commande intervient dans un contexte de renouvellement urgent de la flotte indienne. Le nombre d’escadrons de chasse de l’armée de l’air est tombé à 29, contre un objectif fixé à 42. Le MiG-21, appareil de base de l’armée, a été retiré du service en septembre 2025, et d’anciennes versions du MiG-29, du Jaguar et du Mirage 2000 devraient également disparaître dans les années à venir. L’Inde développe parallèlement son propre appareil, le Tejas, pour remplacer le MiG-21, avec une commande de près de 180 Tejas Mk-1A auprès de Hindustan Æronautics, mais aucun appareil n’a encore été livré en raison de problèmes d’approvisionnement du motoriste américain GE Aerospace.
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Le contrat Rafale est également emblématique de l’initiative « Make in India », lancée par le Premier ministre Narendra Modi pour renforcer l’industrie de défense nationale. Selon des médias indiens citant des sources gouvernementales anonymes, « la majorité des avions multirôles - destinés à remplir différents rôles lors de combats - à acquérir seront fabriqués en Inde », et Dassault Aviation pourrait produire au moins 90 appareils dans le pays.
En plus des Rafale, le Conseil a approuvé l’achat de missiles de combat et d’un pseudo-satellite (HAPS) pouvant servir de relais de communications. Le ministère n’a toutefois pas précisé s’il s’agissait de missiles de croisière français Scalp ni si l’accord inclut la formation des pilotes, les simulateurs, les équipements associés, les armes et la maintenance, comme pour les précédents contrats.
Tensions géopolitiques
La décision indienne s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Avec 1,4 milliard d’habitants, le pays considère la modernisation de ses forces armées comme une priorité stratégique face à la Chine et au Pakistan, tous deux dotés de l’arme nucléaire. L’Inde, historiquement proche de la Russie, diversifie progressivement ses fournisseurs d’armement, en renforçant ses importations depuis les États-Unis, la France et Israël. L’an dernier, le ministre de la Défense, Rajnath Singh, avait annoncé un accord avec une entreprise française pour concevoir et fabriquer localement des moteurs destinés au futur avion de chasse national.
Cette décision survient alors que New Delhi prépare un sommet sur l’intelligence artificielle où Emmanuel Macron et d’autres dirigeants sont attendus. Elle suit également les tensions de mai 2025 au Cachemire indien, lorsque l’Inde et le Pakistan se sont affrontés pendant quatre jours et que des publications sur les réseaux sociaux ont allégué la perte de trois Rafale indiens. L’Inde n’avait reconnu qu’un seul appareil perdu, tandis que la France dénonçait une campagne de désinformation menée par la Chine, visant notamment à promouvoir l’industrie de défense chinoise, qui équipe le Pakistan. Par ailleurs, l’Inde a annoncé début février une hausse de 15 % de ses dépenses militaires, qui atteindront environ 85 milliards de dollars en 2026.
En avril dernier, l'Inde avait déjà signé un contrat portant sur l’acquisition de 26 Rafale Marine (22 monoplaces et quatre biplaces). Le montant du contrat s'élevait à 6,5 milliards d'euros. En 2016, l'Inde avait déjà commandé 36 Rafale pour l'Indian Air Force (IAF) en 2016. Ces 36 premiers appareils ont déjà été tous livrés.