Incroyable, un combat de quatre géants pour le simple remplacement des lance-roquettes unitaires (LRU) de l'armée de terre française. Soit 26 lanceurs et 300 munitions pour un programme terrestre de frappe à longue portée estimé à un peu plus de 370 millions d'euros. Qui aurait pu penser il y a encore trois ans que MBDA associé à Safran et ArianeGroup à Thales se lanceraient dans ce type de compétition en France. Les temps ont vraiment bien changé. Car, au-delà du marché français, les industriels lorgnent sur un marché export beaucoup plus vaste dynamisé par les tensions internationales.
En tant qu'arbitre et décideur, le Délégué général pour l'armement Patrick Pailloux a donné rendez-vous aux industriels, y compris aux groupes étrangers intéressés, « dans quelques semaines » lors de son audition à l'Assemblée nationale fin avril. « Les questions centrales portent sur le coût, le calendrier de livraison et la capacité industrielle à répondre », a-t-il assuré. Dans le projet de loi d'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), actuellement examiné par l'Assemblée nationale, la notion de souveraineté concernant le système, qui va succéder au LRU n’apparaît plus dans le rapport annexé. Ce qui n'était pas le cas dans le texte initial de la LPM 2024-2030 qui privilégiait une solution souveraine, portée par une offre française structurée autour de champions nationaux réunis en consortium.
« Il y a d’une part urgence et la disponibilité de produits rapidement, mais aussi d’autre part, une volonté de développer nos capacités en France. Des arbitrages devront être rendus lors des prochaines semaines », se justifie Patrick Pailloux. D'autant que le chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill, souhaite éviter toute rupture temporaire de capacité dans la capacité à frapper à distance. L'armée de terre devrait retirer progressivement les LRU à partir de 2027. « La pression exercée par l’armée de terre est forte, car elle considère cette capacité comme absolument prioritaire en cas d’engagement majeur, notamment pour tenir les premiers jours. Il s’agit donc d’un besoin impératif », a rappelé le DGA.