Plus préoccupant que le Venezuela et le Groenland : le dernier traité nucléaire russo-américain expirera le 5 février
latribune.fr
Barack Obama et Dimitri Medvedev signant le nouveau traité de réduction des armements stratégiques (New Start II) au château de Prague, le 8 avril 2010.
L’expiration du traité New Start, qui encadre des milliers d'ogives nucléaires, ouvre la porte à une incertitude stratégique majeure. La Chine observe.
Tic-tac. En février, le traité New Start, dernier vestige des accords de maîtrise des armements entre les États-Unis et la Russie, s’apprête à expirer, dans un contexte de forte tension géopolitique, en Ukraine évidemment, mais aussi au Venezuela et au Groenland. Prolongé et signé à Prague en 2010, ce traité a fixé des limites strictes aux arsenaux stratégiques des deux puissances nucléaires, instauré une transparence entre adversaires et, jusqu’à récemment, contribué à contenir les dépenses liées aux armes les plus destructrices jamais inventées.
L’enjeu dépasse de loin le simple décompte de missiles intercontinentaux : sa possible disparition sans remplaçant pourrait remodeler à terme les équilibres géopolitiques et économiques mondiaux. Jusqu’ici, New Start limitait chaque partie à 1 550 ogives nucléaires stratégiques et 700 vecteurs déployés (missiles, sous-marins, bombardiers) et prévoyait des mécanismes de vérification qui ont permis de réduire la taille des arsenaux depuis la fin de la Guerre froide.
Signal politique
Pour Moscou, l’échéance imminente est une occasion politique. En septembre 2025, le président Vladimir Poutine a proposé une extension volontaire d’un an des limites centrales du traité après son expiration, à condition que Washington fasse de même. À ses yeux, cela pourrait éviter une course aux armements incontrôlée et préserver une forme de « prédictibilité stratégique ».
Du côté américain, l’administration de Donald Trump a jugé l’idée « plutôt bonne », mais sans encore formuler de réponse définitive à la Russie. Pour certains experts américains, accepter l’extension pourrait rassurer des alliés inquiets de voir s’effondrer le dernier garde-fou juridique contre une prolifération nucléaire incontrôlée. Cela enverrait également un signal politique fort que Washington ne laisse pas la seule structure de contrôle atomique s’effondrer sans réaction.
Pourtant, l’acceptation d’une prolongation n’est pas sans risques. Des analystes estiment que cette démarche pourrait avantager Moscou, qui a déjà violé les clauses de vérification du traité depuis 2023, et pourrait ralentir la réévaluation américaine de sa posture stratégique face à la montée en puissance de la Chine. Plus encore, accepter le statu quo pourrait retarder des ajustements nécessaires pour faire face à un monde où Pékin développe rapidement son arsenal nucléaire.
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Budgets militaires
En l’absence d’un accord contraignant, plusieurs scénarios s’ouvrent. L’un des plus cités est l’acceptation par les deux parties de maintenir tacitement les limites actuelles, sans mécanismes de vérification formels, le temps de négocier une nouvelle architecture de contrôle des armements adaptée à la réalité stratégique du XXIe siècle. Cela laisserait toutefois planer un risque élevé d’erreurs d’interprétation ou de calcul stratégique, et les marchés financiers pourraient y voir une source d’instabilité dans un contexte déjà fragile.
L’autre scénario envisage l’entrée dans une période sans règles explicites, où Washington et Moscou pourraient accroître leurs arsenaux sans entraves légales, aggravant un climat de méfiance déjà exacerbé par la guerre en Ukraine et les rivalités économiques. Une telle démarche, selon plusieurs observateurs, pourrait avoir des répercussions sur les programmes de défense et les budgets militaires, et se répercuter sur les investissements publics prioritaires, en particulier dans des économies occidentales confrontées à des besoins sociaux pressants.
Et la Chine...
L’ombre de la Chine plane également sur les débats. Son arsenal, jusqu’à récemment marginal par rapport aux capacités américaines et russes, est en forte progression et devrait dépasser les 1 000 ogives d’ici 2030 selon le Pentagone. Pékin a d’ores et déjà rejeté l’idée de participer à des pourparlers trilatéraux avec Washington et Moscou, qualifiant de « déraisonnable » l’exigence de s’aligner sur des pays dont l’arsenal est beaucoup plus vaste.
Pour les marchés et les investisseurs, cette transition vers une possible « nouvelle normalité » en matière de nucléaire stratégique peut se traduire par une volatilité accrue sur les segments liés à la défense, aux technologies duales (civil-militaires, ndlr) et aux obligations d’État. Dans un monde où la course aux armements pourrait reprendre, les priorités budgétaires nationales pourraient se recentrer sur les dépenses militaires, au détriment d’investissements en infrastructures et en innovation non militaires.