Le futur appareil EL9 Ultra Short de l'avionneur américain Electa qui sera équipé d'une turbogénératrice TG600 développée par Safran Helicopter Engines
Safran Helicopter Engines va fournir 250 turbogénératrices TG600 à l'avionneur américain Electra, chantre de nouvelles mobilités aériennes. La TG600 équipera le futur avion hybride-électrique EL9 Ultra Short (neuf passagers plus deux membres d'équipage). Un marché très, très prometteur pour Safran.
Safran Helicopter Engines monte définitivement à bord d'Electra, l'avionneur américain spécialisé dans les nouvelles mobilités aériennes avancées ). Les deux leaders mondiaux - l'un dans l’aviation hybride-électrique à décollage et atterrissage ultra-court et l'autre dans la motorisation pour hélicoptères - ont annoncé mercredi la signature d’un accord portant sur la production de la turbogénératrice TG600 incluant une commande ferme de 250 exemplaires. Cet accord fait suite à un protocole d’accord (MoU) signé en 2023. La TG600 qui équipera le futur avion hybride-électrique EL9 Ultra Short (neuf passagers plus deux membres d'équipage), devient le cœur du système de propulsion hybride-électrique de ce nouvel appareil pouvant parcourir des distances de 1500 kilomètres.
Electra, qui a présenté l’EL9 Ultra Short à la FAA (Federal Aviation Administration) américaine en vue d’une certification, prévoit un premier vol prévu pour fin 2027 ou début 2028. En juillet, sur son site de Bordes, Safran Helicopter Engines a réalisé les premiers essais au banc de la turbogénératrice destinée aux essais en vol de l’EL9. « Cet accord marque une avancée décisive pour Electra et la mobilité aérienne avancée », a assuré le PDG d'Electra Marc Allen, cité dans le communiqué. L'EL9 Ultra Short devrait entrer en service en 2030.
Safran, un pionnier de l'hybridation de l'aéronautique
Dans un entretien accordé à La Tribune, le président de Safran Helicopter Engines, Cédric Goubet, estime que cet accord, au-delà de la production de la TG600, est « important pour Safran » en vue de s'ancrer dans ce futur marché des nouvelles mobilités aériennes. « Il renforce notre positionnement comme pionnier et comme acteur aux avant-postes de la propulsion hybride électrique, qui est un marché en effervescence », explique-t-il. « Avec cette annonce, Safran consolide sa position de leader dans le futur de l’aviation », a confirmé Marc Allen.
La TG600 a été développée sur fonds propres depuis 2023 par Safran HE sur la base du turbomoteur Arrano, qui sera équipé de deux générateurs électriques GENeUS, le premier moteur électrique certifié dans l'aéronautique qui a été conçu par Safran Electrical and Power. Une turbogénératrice se compose d’une turbine à gaz associée à un ou plusieurs générateurs électriques, ainsi qu’à un système innovant de régulation de la puissance et de la tension électriques. « Safran a anticipé avec constance la révolution de l'hybridation, de l'électrification de l´avion par développement endogène ou par voie d´acquisitions afin de détenir un bon niveau de maturité dans les différentes briques de la chaîne électrique que ce soit la génération, la conversion et la distribution », rappelle Cédric Goubet.
Un marché estimé entre 12000 à 16000 appareils
Si l'expertise technique et l'esprit d'innovation de Safran HE dans le domaine de l’hybride-électrique ainsi que le partenariat à long terme signé avec Electra sont « essentiels pour la mise sur le marché de l’EL9 Ultra Short », le positionnement du motoriste français sur ce marché va clairement boosté de façon plus générale « l’avènement d’un nouveau transport aérien plus direct », notamment celui de l’Aviation directe, estime Marc Allen. En combinant l’architecture des avions de type « Ultra Short » d’Electra avec les capacités de Safran en matière de propulsion, les deux entreprises se disent convaincues de transformer l'aviation régionale en développant une nouvelle catégorie d’avions qui « élargira l’accès au transport aérien, réduira les obstacles à la connectivité régionale et transformera la manière dont les personnes et les marchandises se déplacent dans les airs ».
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Ce nouveau concept d'aviation directe est une façon d'organiser le transport aérien régional avec une idée simple : voler directement du point A au point B, au plus près du point de départ et du point d'arrivée, sans passer par les grands aéroports et leur système de correspondances. D'où le décollage et l'atterrissage très court del’EL9 Ultra Short (45 mètres) sur des terrains qui peuvent être sommaires. « La moitié d'un terrain de football peut suffire », assure Cédric Goubet.
D’après les perspectives de marché d’Electra, la demande pourrait nécessiter entre 12 000 et 16 000 appareils au cours des dix premières années d’exploitation, pour constituer une flotte de navettes régionales. Ainsi, pour un minimum de 24 passagers par jour sur 4 300 routes (sur une distance comprise entre 50 et 500 miles en moyenne), ce marché exigerait la mise en service de 12 000 appareils. Au-delà du marché commercial civil, corporate (VIP) et cargo, les militaires, notamment américains, semblent être très intéressés par ce type d'appareil, dont le moteur affiche une consommation en carburant réduite de 18 % par rapport aux moteurs de génération précédente. Ce marché pourrait représenter « quelques centaines » d'unités, confirme Cédirc Goubet.
Safran HE est « extrêmement sollicité aujourd'hui par des acteurs », notamment par tous ceux qui misaient beaucoup plus jusqu'ici sur la propulsion tout électrique dans le domaine des nouvelles mobilités aériennes. Mais, « d'autres acteurs d'à peu près tous les continents viennent également frapper à notre porte parce qu'ils sont intéressés par les performances de la TG600 », souligne Cédric Goubet. Dont l'avionneur toulousain Aura Aéro, qui a signé un accord avec Safran HE pour un prototype de turbogénératrice (TGN DEMO) pour son avion ERA (19 passagers). Mais les discussions n'ont pas encore débuté pour motoriser avec la TG600 les avions de série.
« Ils se rendent compte qu'aujourd'hui Safran Helicopter Engines a une certaine avance dans ce domaine. Nous avons effectué un choix judicieux en coopération avec Safran Electrical & Power en termes de positionnement, avec la TG600 qui développe 600 kW électrique. Si on met deux TG600, on atteint 1,2 mégawatt », précise-t-il. Ces marques d'intérêt proviennent tout aussi bien de startup que de groupes bien établis dans le domaine de l'aéronautique et de la défense en Asie et en Amérique.
Un relais de croissance « très significatif »
La première commande de 250 turbogénératrices TG600 va permettre à Safran HE d'adapter la production à la demande pour l'EL9. En début d’année, Electra et Bristow Group, qui exploite pour le compte de clients industriels et gouvernementaux des aéronefs, ont annoncé un accord sécurisant le premier créneau de livraison de l’EL9 Ultra Short, équipé de la turbogénératrice TG600, sous réserve de sa certification. Ces 250 TG600 vont être produites « dans les trois à cinq ans, qui suivront l'entrée en service de l'appareil », précise Cédric Goubet, qui va le moment venu lancer en anticipation la production des premières TG600. Le motoriste va donc mettre en place un système de production pour lancer la production de nouvelles turbines Arrano en plus de celle dédiée aux hélicoptères, puis monter en cadence en fonction du marché. Il y a également des enjeux industriels chez Safran Electric and Power.
« On commencera à lancer la production à partir de nos capacités existantes lors des premières années qui vont suivre l'entrée en service de l'EL9. Ensuite, en fonction de la montée en puissance du marché, il faudra alors se projeter vers des capacités additionnelles post 2033/2034 », explique Cédric Goubet. Mais d'ores et déjà, il anticipe une production annuelle « de quelques centaines de machines supplémentaires de type Arrano, en plus de notre cœur de marché qui est le marché du vol vertical de l'hélicoptère ». « Ce marché est un relais de croissance très significatif », estime-t-il. Safran HE se dit prêt à lancer des investissements et pourquoi pas construire une nouvelle usine. Par ailleurs, Safran HE anticipe aussi des relais de croissance en termes de maintien en condition opérationnelle (MCO). D'autant que ce type d'avion vole beaucoup plus que les hélicoptères. Si ce marché se confirme, le motoriste de Bordes a de très belles perspectives devant lui.