Première victoire des opposants au rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance : la justice américaine a mis l’opération en pause pour au moins deux semaines, le temps d’un examen au fond.
Paramount Skydance va-t-il réussir à mener à bien son projet de rachat du groupe Warner Bros. Discovery (WBD) pour donner naissance à un nouveau géant des médias ? Le conglomérat en est pour le moment empêché : une juge fédérale américaine du district d’Oakland, en Californie, a ordonné lundi la suspension de l’opération, chiffrée à 110 milliards de dollars dette comprise (environ 96 milliards d’euros), selon un document versé au dossier et consulté par l’AFP.
Objectif de cette pause : examiner l’affaire au fond. La juge a été saisie en référé par un groupe de procureurs généraux démocrates de douze États américains, mené par celui de Californie, qui contestent cette fusion.
Selon eux, l’opération nuirait à la concurrence dans les secteurs du cinéma et de la télévision par câble en violant le «Clayton Act», une loi fédérale antitrust interdisant les concentrations illégales sur le marché. Le risque est aussi, à leurs yeux, qu’elle entraîne une hausse des prix pour les consommateurs.
« Éléments solides »
Les arguments des procureurs semblent avoir convaincu la juge. « Les États présentent des éléments solides selon lesquels la transaction va affaiblir la concurrence de manière substantielle », justifie-t-elle dans sa décision.
La magistrate considère également que le groupement des procureurs a « démontré » que la fusion « entraînerait des dommages irréversibles » si elle était mise en œuvre avant que le dossier ne soit tranché au fond. Selon elle, le rachat « serait difficile, sinon impossible, à dénouer [s’il était réalisé dès maintenant] compte tenu de la consolidation opérationnelle, du partage d'informations sensibles et de la réaffectation ou du licenciement de certains employés ». D’où ce choix de le suspendre.
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Paramount Skydance s’affiche néanmoins serein. L’entreprise s’est déclarée « confiante dans le fait que les éléments présentés démontreront que les arguments anticoncurrentiels des États sont sans fondement », dans une réaction transmise au site du magazine Variety.
14 jours de pause, minimum
L'ordonnance d'interdiction provisoire prononcée lundi suspend la progression de l'opération pour une durée minimale de 14 jours, délai qui peut néanmoins être porté à 28 jours.
La décision de la juge californienne ouvre en outre la voie à une éventuelle injonction préliminaire, visant à bloquer définitivement l’opération, indique le journal The Guardian.
Cette procédure est également réclamée par les procureurs des États. Le tribunal a fixé au 3 août l’audience pour statuer sur leur demande. Reste que cette date est susceptible d’être elle aussi reportée, ce qui pourrait contrarier le calendrier initialement fixé.
Paramount et Skydance souhaitent en effet conclure l’accord d’ici au 30 septembre, selon le quotidien britannique. Car, au-delà de cette date, l’entreprise a accepté de payer une indemnité de retard (« ticking fee ») de 0,25 dollar par action chaque trimestre financier jusqu'à la finalisation de la transaction. De quoi alourdir le prix d'achat final de plusieurs centaines de millions de dollars.
Le risque d’un nouvel oligopole médiatique
Un rapprochement entre Warner et Paramount réunirait deux des cinq derniers studios de cinéma historiques d'Hollywood ainsi qu'une multitude de chaînes de télévision, de catalogues de streaming et de services d'information. Le service HBO Max, des franchises très appréciées comme Harry Potter ou encore la chaîne CNN, aujourd’hui propriétés de Warner, s’afficherait ainsi aux côtés de films tels que Top Gun ou du service de streaming Paramount+.
Une concentration qui inquiète une large partie d’Hollywood, qui craint des suppressions d’emplois massives dans une industrie qui a déjà connu plusieurs vagues de fusions et de licenciements. Pour les consommateurs, cette restructuration pourrait signifier une rationalisation des offres streaming, mais également des hausses de prix à moyen terme.
À contrario, Paramount et Skydance soutiennent que la fusion renforcerait la concurrence et préserverait le statu quo de l'exploitation cinématographique à Hollywood.
L’opération a d’ailleurs déjà reçu des feux verts réglementaires, notamment celui de l'administration Trump au mois de juin. Au terme d’une enquête de huit mois, la division antitrust du ministère a conclu que la fusion n’était « pas susceptible de nuire à la concurrence ni aux consommateurs américains », que ce soit dans le streaming, la télévision ou la production et la distribution de films en salles.
Pour rappel, Netflix s’était un temps positionné comme potentiel acheteur de Warner. Le géant du streaming avait finalement renoncé en février dernier, justifiant son retrait par une volonté de maintien de sa discipline financière.