DÉCRYPTAGE. Selon l’Urssaf, Uber aurait maquillé le statut de ses chauffeurs, privant l’État de près de 1,7 milliard d’euros de cotisations. Le parquet de Paris, lui, ouvre une enquête pour « travail dissimulé », et l’entreprise Uber continue… de faire parler d’elle.Chez Uber, être indépendant coûte cher… surtout à l’État français. Dans un courrier auquel la Revue21 a eu accès, l’Urssaf, l’organisme chargé de collecter les cotisations destinées au financement de la Sécurité sociale, accuse Uber d’avoir « maquillé sciemment une relation salariale en contrat d’entreprise pour échapper à ses obligations d’employeur ». Autrement dit, et c’est là tout le cœur du problème, pour l’Urssaf, les chauffeurs de la plateforme ne sont pas des indépendants, mais de vrais salariés dont les cotisations devraient être versées à l’État.
Selon les calculs de l’Urssaf, transmis le 17 décembre 2024 à Uber sous la forme d’une « lettre d’observations », le manque à gagner pour la Sécurité sociale s’élève à 1,2 milliard d’euros de cotisations dues, auxquels s’ajoutent 512 millions d’euros de « majorations de redressement », pour un contrôle portant sur 71 000 chauffeurs entre 2019 et 2022. À titre de comparaison, ce montant dépasse l’ensemble des redressements de cotisations sociales menés par l’Urssaf en France en 2024, qui s’élevaient à 1,6 milliard d’euros.
Mais comment en est-on arrivé là ? Entre redressement massif de l’Urssaf, revirements judiciaires et enquête pénale décisive, décryptage de l’« affaire Uber », dont le flou sur le statut des chauffeurs pourrait enfin se clarifier en 2026.
Au civil, le va-et-vient permanent des tribunaux
Le redressement Urssaf s’inscrit en parallèle de deux arrêts marquants de la Cour de cassation, rendus le 9 juillet 2025. Pour la première fois, la plus haute juridiction française donne raison à Uber, estimant que les chauffeurs s’inscrivent sur la plateforme en tant qu’indépendants. Contactée, la société américaine indique ainsi que moins de 1 % de chauffeurs roulant ou ayant roulé avec Uber ont demandé une requalification de leur contrat. Et, dans 75 % des cas, ces demandes n’ont pas abouti à une requalification en salariat.