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Économie

Préférence européenne : 70 % dans l’automobile, 25 % dans l’aluminium… Des quotas de composants bientôt exigés par l’UE

Marius Bocquet

Publié le 17 février 2026 à 12:30

Bruxelles veut durcir les règles : pour bénéficier des fonds publics, il faudra prouver l'origine européenne des pièces critiques. Un pari risqué pour nos chaînes d'approvisionnement mondialisées.

Bruxelles veut durcir les règles : pour bénéficier des fonds publics, il faudra prouver l'origine européenne des pièces critiques. Un pari risqué pour nos chaînes d'approvisionnement mondialisées.

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Pour sauver ses industries stratégiques face à la Chine, Bruxelles s'apprête à briser un tabou : l'obligation de contenu local. Entre le « made in Europe » strict et le « made with Europe » plus souple, la bataille fait rage au sein de l'Union. Découvrez les secteurs qui seront bientôt contraints de revoir leurs chaînes d'approvisionnement.

C’est une question de jours. Bruxelles doit présenter la semaine prochaine ses propositions pour défendre le « made in Europe », qui incluront une obligation de produire en Europe pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics. Mais restent à préciser les pourcentages de composants européens ou assimilés qui seront exigés des industriels, s’ils veulent continuer à bénéficier de commandes publiques ou de subventions.

Quels composants ? La mesure s’appliquera « sur une part limitée de composants critiques » a fait savoir l’entourage du commissaire européen Stéphane Séjourné, qui pilote ce chantier. Selon un projet de règlement de la Commission européenne consulté par le Financial Times, ce pourcentage sera de 70 % dans les véhicules électriques, 25 % dans les produits en aluminium et 30 % dans les plastiques utilisés pour les fenêtres et portes dans la construction.

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Un consensus a émergé au sein de l’UE en faveur de cette « préférence européenne », mais sa définition est au cœur de vifs débats. D’un côté, les partisans de cette mesure au sens strict voudraient qu’elle soit réservée aux biens industriels produits à partir de composants fabriqués dans l’Espace économique européen (soit les pays de l’UE, plus la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein), et non juste à un assemblage dans l’UE de composants importés.

Quels risques ? Mais les opposants à cette approche restrictive citent les difficultés opérationnelles et le risque de déstabiliser les chaînes d’approvisionnement européennes. « Un véhicule assemblé en Europe intègre des centaines de composants spécialisés qui proviennent du monde entier », et « certains éléments critiques ne peuvent pas être produits de façon viable en Europe en quantités suffisantes », a avancé le constructeur japonais Honda.

En outre, le risque d’alourdir les coûts de fabrication des industriels européens est pointé par certains pays comme l’Allemagne et l’Italie, alors même que leurs difficultés viennent de leur difficulté à lutter contre les prix bas pratiqués par leurs concurrents étrangers, notamment chinois. Enfin, certaines capitales s’inquiètent de potentielles mesures de rétorsion des pays fournisseurs, qui entraîneraient l’Europe dans des bras de fer commerciaux.

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« Made in Europe » ou « made with Europe » ? Des pays européens expriment des réserves au nom du libéralisme économique. « Nous devons être compétitifs grâce à la qualité de nos produits et à l’innovation, pas en essayant de protéger les marchés européens », a estimé le Premier ministre suédois Ulf Kristersson. Certains réclament une définition plus souple, comme le chancelier allemand, favorable au « made with Europe » plutôt qu’au « made in Europe ».

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Le groupe japonais Honda préconise d’élargir le « made in Europe » aux « composants de pays partageant les mêmes valeurs, qui compteraient comme les contenus produits localement en Europe », argumentant que cela « soutiendrait les objectifs européens » d’électrification du secteur, et aiderait à rendre le secteur plus résilient face aux surcapacités des constructeurs chinois. Le Royaume-Uni et la Turquie militent également dans ce sens.

Quels « partenaires de confiance » ? « Les entreprises produisant en Europe seront considérées comme européennes, et des engagements réciproques seront pris auprès de nos partenaires de confiance, qui appliquent eux-mêmes déjà les mêmes règles, dans l’intérêt de nos chaînes de valeurs », indique l’entourage de Stéphane Séjourné.

Une version de travail des propositions de la Commission prévoit d’ailleurs que les produits des États aux règles similaires à l’Europe seront assimilés à ceux « fabriqués dans l’UE ». Mais pour l’instant, la Commission n’a pas précisé sur quels critères les « partenaires de confiance » seraient désignés, laissant les pays tiers dans l’expectative.

Quels secteurs ? Restent aussi à préciser les secteurs concernés. L’une des conditions est qu’elle soit ciblée sur certains secteurs spécifiques ? Il s’agit de « protéger notre industrie » sans « être protectionniste », en défendant « certains secteurs stratégiques, comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens en seront balayés », a plaidé Emmanuel Macron, farouche défenseur de cette mesure.

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L’entourage de Stéphane Séjourné a fait valoir que la mesure s’appliquerait dans « un nombre limité de secteurs stratégiques ». Au final, seule une poignée de secteurs, jouant un rôle indispensable dans la transition écologique et subissant une concurrence chinoise jugée déloyale, à savoir les équipements d’énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes, batteries…) et l’industrie automobile, pourraient être concernés.

(Avec AFP et Financial Times)

Marius Bocquet

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