À Anvers, Macron plaide pour la dette commune, Merz pour la dérégulation
latribune.fr
Selon Emmanuel Macron, la dette commune est un outil indispensable pour financer les investissements stratégiques. Pour Friedrich Merz en revanche, la priorité est de réformer le cadre réglementaire pour stimuler la compétitivité.
Les dirigeants et industriels européens se sont réunis en Belgique pour discuter des mesures nécessaires afin de renforcer la compétitivité du continent face aux États-Unis et à la Chine.
À Anvers, mercredi, la classe politique européenne a livré un message sans ambiguïté : pour rester compétitive face aux géants que sont les États-Unis et la Chine, l’Europe doit se réinventer rapidement et profondément. Mais à chacun sa méthode pour y arriver. La Belgique accueille jusqu'à jeudi un sommet économique rassemblant dirigeants politiques et industriels européens.
Le président français Emmanuel Macron a insisté pour sa part sur la nécessité de renforcer l’intégration économique et financière de l’Union européenne (UE). Selon lui, la dette commune est un outil indispensable pour financer les investissements stratégiques. « La dette commune est la ’seule manière’ pour l’UE de rester dans la course face à aux États-Unis et la Chine », a martelé le chef de l’État devant un parterre d’industriels. « Si nous voulons investir suffisamment dans la défense et la sécurité spatiales, les technologies propres, l’intelligence artificielle et le quantique, transformer notre productivité et notre compétitivité, la seule solution est de recourir à l’émission d’une dette commune », a-t-il ajouté, plaidant pour une approche plus audacieuse et coordonnée.
Macron a également souligné l’urgence de renforcer la souveraineté européenne face aux pressions économiques extérieures. « Faire de l’Europe une ’puissance indépendante’ est la ’seule’ solution face aux menaces économiques de la Chine et des États-Unis », a-t-il insisté. Selon lui, il faut désormais « une nouvelle échelle et une nouvelle vitesse dans notre approche afin de mettre fin à la fragmentation qui affaiblit et risque d’humilier l’Europe ».
« Déclin » économique du continent
Le chancelier allemand Friedrich Merz, également présent à Anvers, a rejoint cette tonalité volontariste, en insistant en revanche sur la nécessité de réformer le cadre réglementaire pour stimuler la compétitivité. « Après 25 ans de déclin progressif par rapport à nos principaux concurrents, il est temps de nouveau de prendre des décisions fortes », a-t-il déclaré. Pour Merz, alléger drastiquement la réglementation européenne constitue un levier crucial pour échapper à ce qu’il qualifie de « déclin » économique du continent. « Nous devons déréguler tous les secteurs », a ajouté le chef du gouvernement allemand, estimant que « nous devons revoir l'ensemble de la législation européenne », sans se contenter de modifications "mineures".
Le chancelier conservateur a par ailleurs critiqué la proposition française d'instaurer la « préférence européenne », c'est-à-dire une obligation pour les entreprises bénéficiant de fonds publics de s'approvisionner en composants fabriqués en Europe. Il a expliqué qu'une telle mesure devrait être réservée « uniquement à des secteurs stratégiques et en dernier recours », et ne pas exclure les pays partenaires de l'UE, se disant partisan du "Made with Europe" plutôt que du "Made in Europe".
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Les signaux de Rachel Reeves
De l’autre côté de la Manche, la Grande-Bretagne suit avec attention les initiatives européennes. La chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, a estimé que le renforcement de l’intégration européenne pouvait être le meilleur atout pour stimuler la croissance britannique. « Il existe trois grands blocs économiques : les États-Unis, la Chine et l’Europe », a-t-elle déclaré, selon les éléments de son discours transmis par son ministère. « Nous chercherons toujours toutes les occasions de développer notre économie et ces relations commerciales, mais en fin de compte, une seule est à notre porte, et donc le plus grand atout est une intégration plus étroite avec l’Europe ».
Toutefois, Reeves a précisé que la Grande-Bretagne ne s’alignerait sur les réglementations de l’UE « que lorsque cela serait dans l’intérêt national », reflétant la prudence de Londres pour ne pas mécontenter les partisans du Brexit. Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement de Keir Starmer, qui tente de conjuguer impératifs de croissance économique et promesses électorales, tout en gérant une situation politique délicate liée à l’affaire Epstein.