Face au départ programmé de centaines de milliers de dirigeants de PME dans la prochaine décennie, le gouvernement fait des reprises d’entreprises une « grande cause économique nationale » pour éviter un choc massif sur l’emploi et le tissu productif.
Face à une vague inédite de départs à la retraite chez les dirigeants de PME, l’exécutif hausse le ton. Le ministre des PME, Serge Papin, entend faire des transmissions d’entreprises une « grande cause économique nationale », à la mesure de l’enjeu : près de 500.000 sociétés pourraient changer de main dans la décennie à venir, avec trois millions d’emplois en jeu.
Pour le gouvernement, le risque est clair. « C'est un pivot générationnel et démographique qui peut se transformer en mur économique si on n’y prend pas garde », alerte le cabinet du ministre. Derrière cette formule, une réalité : sans anticipation ni repreneurs suffisamment préparés, des pans entiers du tissu productif pourraient se fragiliser, voire disparaître.
Car la transmission d’une entreprise est un processus long et complexe. « La transmission d’entreprise, ce n’est pas comme un déménagement, il faut souvent plusieurs années », rappelle le ministère. Trouver un repreneur solide, capable non seulement de racheter mais aussi de réinvestir, s’apparente souvent à un parcours d’obstacles. Cette temporalité nourrit d’ailleurs des blocages côté cédants : « cela peut créer une angoisse chez les cédants, qui peut les bloquer dans leur cession ».
Un enjeu d’anticipation… et de psychologie
Les difficultés tiennent autant à des facteurs financiers qu’humains. Selon une étude de Bpifrance Le Lab, une large majorité des dirigeants concernés n’anticipent pas suffisamment leur départ : 70 % de ceux envisageant une transmission à plus d’un an n’ont que très peu engagé de démarches.
Surtout, les critères de cession révèlent une hiérarchie inattendue. Seuls 14 % des cédants placent le prix de vente comme « critère prioritaire ». Bien avant, ils privilégient la pérennité de l’entreprise et des emplois (48 %), les qualités humaines du repreneur (40 %), son expérience et sa compétence (38 %) ainsi que sa solidité financière (29 %). Une dimension psychologique d’autant plus déterminante que l’immense majorité des entreprises concernées sont de petite taille : en 2023, 86 % comptaient moins de dix salariés.
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Dans ce contexte, la relation entre cédant et repreneur devient centrale. Rémi et Gonzague, candidats à la reprise d’une menuiserie en Seine-Saint-Denis, en ont fait l’expérience lors d’un passage devant un jury de financement. « Il faudra que vous fassiez attention à la personne qui dirige aujourd’hui les opérations », leur a-t-on conseillé. « Car cette personne-là est chez elle. Vous, vous êtes les petits nouveaux, donc il va falloir ménager les choses pour que ça se passe le mieux possible ».
L’État en facilitateur, sans intervention directe
Conscient des enjeux, l’État entend jouer un rôle d’impulsion plus que d’intervention. Il « garde du recul », mais suit le dossier de près « en raison de l’impact de ces mouvements sur l’aménagement du territoire, voire sur la souveraineté du pays ». Une journée dédiée aux transmissions réunira prochainement plusieurs centaines d’acteurs : organisations patronales, chambres consulaires, banques publiques, élus, notaires ou encore experts-comptables.
Des pistes sont à l’étude. Parmi elles, une réforme facilitant la reprise par les salariés, dans la lignée du Pacte Dutreil, qui permet déjà d’alléger la fiscalité des transmissions familiales. L’objectif : élargir le vivier de repreneurs dans un contexte où les candidats restent insuffisants.
Mobiliser une nouvelle génération
Le gouvernement veut également attirer de nouveaux profils vers la reprise. Les jeunes entrepreneurs, à l’origine de plus d’un million de créations d’entreprises chaque année, constituent une cible privilégiée. D’autant que certains entretiennent avec le salariat « un rapport un peu distant », ce qui pourrait les rendre réceptifs à l’idée de reprendre une structure existante plutôt que de créer ex nihilo.
La stratégie passera par une mobilisation large des acteurs et des campagnes de communication dans les prochains mois. L’ambition est claire : transformer un défi démographique en opportunité économique. Car l’urgence est bien là. Face à la vague de cessions à venir, « pas question de juste regarder les trains passer ».