Alors que l’Allemagne se permet de donner des leçons budgétaires à son voisin français, ses entreprises peinent à relancer une économie encore fragile et en proie à la stagnation.
Un frémissement, puis le doute. À Berlin comme à Munich, les chefs d’entreprise scrutent les indicateurs avec une prudence presque résignée. Mardi, la Chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK) a relevé sa prévision de croissance pour 2026 à 1,0 %, contre 0,7 % auparavant. Sur le papier, l’amélioration est tangible. Dans les esprits, elle sonne pourtant comme un simple répit statistique.
« C’est trop peu, nos concurrents sont plus dynamiques », estime Helena Melnikov, directrice générale de la DIHK. Le constat claque comme un rappel à l’ordre. L’Allemagne, première économie européenne, ne parvient toujours pas à sortir durablement de l’ornière. Trois années de marasme ont laissé des traces profondes : incertitudes géopolitiques, coûts d’exploitation élevés, demande intérieure atone.
Réduire la bureaucratie
L’indice du climat des affaires de la DIHK, fondé sur les réponses de quelque 26 000 entreprises de tous secteurs et de toutes régions, s’établit à 95,9 points. Une légère remontée, certes. Mais bien loin de la moyenne de long terme, fixée à 110. L’écart dit tout d’un moral encore abîmé. « Avec le frein à main enclenché, nous ne sortirons pas de la vallée », poursuit Helena Melnikov, appelant à des réformes plus rapides pour réduire la bureaucratie et diminuer les coûts de main-d’œuvre et d’énergie.
Ironie du sort : le coup de gueule de la DIHK tombe au lendemain des déclarations du ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul. Des déclarations peu appréciées à Paris, le ministre allemand se permettant de donner des leçons budgétaires à son voisin français. Johann Wadephul a appelé la France à « faire des économies », notamment « dans le domaine social », pour « disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour atteindre l'objectif central d'une capacité de défense de l'Europe ».
Une façon de détourner le regard du front domestique. Car derrière les moyennes, les inquiétudes s’accumulent en Allémagne. Selon l’enquête de la DIHK, 59 % des entreprises citent la faiblesse de la demande intérieure comme principal risque. À égalité, la hausse des coûts de main-d’œuvre. Juste derrière, 58 % évoquent l’incertitude des politiques économiques. Les prix élevés de l’énergie et des matières premières restent également un sujet majeur pour 48 % des répondants. L’investissement, lui, demeure mesuré : peu d’entreprises se disent prêtes à accélérer franchement leurs projets.
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À court terme, la DIHK ne croit pas à une véritable reprise. « En 2026, l’économie allemande ne décollera pas », estime la DIHK sur la base de son enquête. La croissance attendue reposerait avant tout sur des effets statistiques et calendaires, plus que sur une dynamique interne retrouvée. La prévision de croissance à 1 % mise principalement sur les dépenses publiques en infrastructures et en défense pour soutenir l’activité. Une stratégie qui ne convainc qu’à moitié les milieux d’affaires.
124 000 emplois supprimés
Dans ce contexte trouble, dix mois après son arrivée à la chancellerie, Friedrich Merz fait face à une opinion circonspecte. Selon un sondage publié par le quotidien Bild, seuls 22 % des Allemands estiment qu’il fait mieux que son prédécesseur social-démocrate Olaf Scholz. Dans les fédérations professionnelles, la déception est palpable. Le lobby industriel BDI évoquait encore récemment « sa crise la plus profonde » depuis l’après-guerre.
La réalité industrielle est brutale : 124 000 emplois ont été supprimés en 2025 dans le secteur, après 56 000 l’année précédente, selon une étude du cabinet EY. Une accélération nette des restructurations, qui traduit l’érosion de la compétitivité manufacturière allemande. Coûts salariaux, énergie, réglementation : l’équation se complique à mesure que les concurrents internationaux gagnent en agilité.
« Malgré les réformes annoncées par le gouvernement, les perspectives ne sont que très légèrement plus optimistes qu’à l’automne », explique mardi la DIHK. L’organisation appelle à un sursaut : simplifier, alléger, sécuriser. En creux, une crainte s’installe : celle d’un pays entré dans une ère de croissance molle.
Car au-delà du pourcentage affiché, la question est ailleurs. Comment transformer un rebond technique en véritable redémarrage ? Comment restaurer la confiance sans laquelle l’investissement reste timide ? À Berlin, l’urgence n’est plus de corriger une prévision. Elle est de recréer un horizon.