GRAND ENTRETIEN. Fine connaisseuse de la relation économique franco-allemande, l’économiste Anne-Sophie Alsif décrypte ce qui se joue derrière les divergences entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz. Entre emprunt commun et assouplissement des normes, découvrez le bras de fer qui définit l’avenir industriel de l’Europe.Un séminaire « informel » et de « réflexion », mais ô combien stratégique. Ce jeudi 12 février, les dirigeants des Vingt-Sept se sont réunis au château d’Alden Biesen, en Belgique. L’objectif est clair et sensible : trouver des solutions concrètes pour que l’UE reste compétitive face aux rouleaux compresseurs chinois et américains.
Si l’urgence de réagir est globalement partagée par tous les leaders européens, les méthodes préconisées divergent, notamment entre les deux premières économies de l’UE, l’Allemagne et la France. Tout particulièrement sur ce projet d’emprunt commun (« eurobonds »), sur laquelle Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont montré cette semaine leur divergence.
Dans cette longue interview, Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet d’audit BDO et experte du tandem franco-allemand, nous explique pourquoi celui-ci traverse un moment crucial.
LA TRIBUNE. Quelles sont ces divergences apparues ces derniers jours entre la France et l’Allemagne concernant l’avenir de l’Union européenne ?
ANNE-SOPHIE ALSIF. En fait, il y a deux aspects pour répondre à cette question. D’abord, il y a un constat partagé sur la nécessité d’un sursaut économique de l’UE face à la concurrence chinoise et américaine. C’est plutôt une convergence, et il faut s’en réjouir car pendant des années Paris et Berlin n’étaient pas d’accord sur le diagnostic…
En revanche, là où il y a de vraies divergences, c’est sur le remède à administrer, la méthode pour que l’UE s’en sorte. Et celle-ci dépend directement du modèle économique de la France et de l’Allemagne. La France a une économie largement tirée par une consommation forte des ménages, motrice de sa croissance. En revanche, elle est désindustrialisée. De son côté, l’Allemagne est une puissance industrielle et exportatrice. Deuxième grosse différence : la situation budgétaire dans les deux pays n’est pas du tout la même, la France étant déficitaire et endettée, a contrario de l’Allemagne, qui est solide sur ces deux points.