Nouveaux droits de douane américains : la France aurait lourd à perdre

Les États-Unis sont le 2e plus important client de la France et son 3e fournisseur (photo d’illustration).
CLH/EM/ - REUTERS - Eduardo Munoz

Les États-Unis sont le 2e plus important client de la France et son 3e fournisseur (photo d’illustration).
CLH/EM/ - REUTERS - Eduardo Munoz
La France est dans le viseur de Donald Trump. Le pays s’étant ouvertement affiché contre les récentes ambitions du président américain – acquérir le Groenland et créer un « Conseil de la paix » –, ce dernier a brandi la menace de nouveaux droits de douane sur les produits français : 10 % supplémentaires de façon générale à compter du 1er février et un taux spécial de +200 % pour les vins et les champagnes.
Si ces mesures se concrétisent, ce serait une bien mauvaise nouvelle pour les exportateurs français. Les États-Unis s’affichaient en effet comme le 2e plus important client de l’Hexagone en 2024, derrière l’Allemagne et juste devant l’Italie. Ils étaient en parallèle son 3e plus important fournisseur, derrière l’Allemagne et la Chine.
Des positions qui n’ont pas varié sur les douze derniers mois écoulés (de décembre 2024 à novembre 2025), selon les derniers chiffres communiqués par la Direction générale des douanes françaises.
L’inverse n’est en revanche pas réciproque. Car la France n’est que le 11e plus gros client des États-Unis et son 15e fournisseur. En cas de guerre commerciale, l’Hexagone a donc plus à perdre que son partenaire américain.
Dans le détail, les exportations de la France vers le pays de l’Oncle Sam ont représenté 47,6 milliards d’euros sur les douze derniers mois (décembre 2024-novembre 2025), toujours d’après les douanes françaises. En 2024, avec 48,5 milliards d’euros, elles avaient même atteint leur plus haut niveau historique en valeur et représentaient alors 8,3 % des exportations totales du pays.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Pour autant, la France pâtit d’un déficit commercial avec les États-Unis depuis 2022. Car les importations ont fortement augmenté depuis cette date, dépassant chaque année les 52 milliards d’euros contre moins de 40 milliards auparavant. Elles ont grimpé en flèche suite à l’invasion russe en Ukraine, quand l’Hexagone s’est davantage tourné vers le gaz naturel liquéfié (GNL) et le pétrole américain pour compenser la baisse des importations énergétiques russes. Ce qui a fortement dégradé le solde commercial de la France vis-à-vis des États-Unis.
Les données des douanes françaises sur le solde commercial de l’Hexagone ne correspondent pas avec celles enregistrées outre-Atlantique. D’après les statistiques américaines, les États-Unis affichaient non pas un excédent avec la France en 2024 mais un déficit, estimé à 16,4 milliards de dollars (environ 14 milliards d’euros).
Pour les douanes françaises, « cet écart (…) s’explique principalement par le fait qu’une part importante des marchandises originaires des États-Unis à destination de la France est dédouanée dans d’autres pays européens, par les coûts d’assurance et de transport entre les frontières, et par des différences de champ des flux commerciaux enregistrés ».
Parmi les principaux produits français qui partent vers les États-Unis, ceux issus des filières aéronautique et spatiale sortent du lot. Ils ont représenté 20 % du total des exportations tricolores en 2024, pour un montant de 9,7 milliards d’euros.
Pour le reste, les exportations françaises à destination du sol américain s’avèrent très diversifiées. Les onze catégories de produits les plus envoyées outre-Atlantique représentaient à peine plus des deux tiers (70 %) du total des exportations en 2024.
Si les chiffres de l’ensemble de l’année 2025 ne sont pas encore connus, ils pourraient se révéler différents suite aux droits de douane mis en place par Donald Trump à partir du printemps dernier. L’impact pourrait être différent selon les produits.
La catégorie des boissons, dominée par les cognacs, vins et champagnes, pourrait être celle ayant le plus subi la situation. Car les exportations françaises ont fortement chuté à partir de l’été (– 30 % en glissement annuel en juillet, – 47 % en août, – 40 % en septembre) et, d’après les douanes, la perte avait déjà atteint 350 millions d’euros sur les neuf premiers mois de l’année. Toutefois, « la politique tarifaire n’est pas le seul et n’est peut-être pas à ce jour le principal facteur explicatif de l’évolution des échanges commerciaux franco-américains », indiquaient-elles. « L’effet collatéral » de « la dévaluation du dollar » rendait aussi plus difficiles les exportations en euros.
A contrario, l’aéronautique devrait avoir plutôt bien résisté, les échanges avec les États-Unis ayant bondi de +17 % sur les trois premiers semestres de 2025 comparé à la même période l’année d’avant. Ce pourrait aussi être le cas des produits pharmaceutiques, épargnés jusqu’à présent par les menaces de droits de douane de Donald Trump.
Enfin, l’impact pourrait aussi être mineur sur les produits de « mode et accessoires » (parfums, cosmétiques et produits d’entretien / cuir, bagages et chaussures /articles d’habillement). Ces derniers sont souvent vendus aux États-Unis sous la forme de produits de luxe dont la clientèle, généralement aisée, est moins sensible au prix et donc à une éventuelle hausse des droits de douane.