Les partenaires sociaux se sont déjà réunis dans le passé pour échanger sur les retraites, notamment dans le cadre du conclave (photo d'archive).
REUTERS - Sarah Meyssonnier
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a proposé aux partenaires sociaux de réfléchir à la suite de la réforme des retraites dans le cadre d’une « conférence sur les retraites et le travail ». Si certaines organisations syndicales et patronales saluent l’initiative, d’autres attendent d’en savoir plus pour se positionner.
Le sujet des retraites n’a pas fini de faire parler de lui. La suspension de la réforme de 2023, annoncée mardi par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ouvre en effet la voie à de nouveaux débats. Car s’il y a bien un point qui fait pleinement consensus, et c’est peut-être le seul, c’est la nécessité de changer le système actuel. Le chef du gouvernement a donc invité les organisations syndicales et patronales à mener une « conférence sur les retraites et le travail ».
« Faire confiance a porté ses fruits dans de nombreux domaines, a souligné Sébastien Lecornu. C’est notamment le cas à l’Agirc-Arrco (ndlr : la caisse de retraites complémentaires des salariés du privé, dont les règles de pilotage sont fixées par les partenaires sociaux). Pourquoi ne pas développer ce qui fonctionne ? C’est le bon sens. Sans doute est-ce là aussi une rupture. Il faudra en débattre, et le décider », estime le Premier ministre.
Des modalités à préciser
Quelle forme prendra cette future conférence ? Rien n’a encore été précisé pour le moment. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué mardi sur France 2 avoir « commencé à appeler les partenaires sociaux » dans ce cadre – une information confirmée ce jeudi à La Tribune par Force ouvrière (FO), la CFE-CGC et la CFTC.
Le locataire du ministère de la rue de Grenelle n’est toutefois pas entré dans les détails sur les modalités de cette conférence – probablement par prudence dans l’attente des votes des deux motions de censure ce jeudi à l’Assemblée nationale, qui ont finalement été rejetées.
Le ministre aurait néanmoins profité de ces échanges téléphoniques pour bloquer des « réunions bilatérales » avec les organisations sur les deux semaines à venir, indiquent les trois syndicats. Ce sera même la prochaine semaine pour Force ouvrière. L’occasion d’avoir « plus d’éclairage sur ce que le ministère du Travail attend [de cette conférence] et sur ce que l’on pourra revendiquer », ajoute Michel Beaugas, secrétaire confédéral en charge de l’emploi et des retraites.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Quant à son périmètre, la conférence « se posera la question de l'ensemble de la gestion de notre système de retraite », a assuré le Premier ministre. « Certains veulent des systèmes par points, d'autres par capitalisation. D'autres veulent abandonner toute référence d'âge. Mais ces propositions ne valent que si l'on sait qui est responsable. Aux partenaires sociaux de s'emparer ou non de cette responsabilité de gérer le régime », a-t-il lancé. Sébastien Lecornu a aussi précisé que la conférence « devra aborder d'autres sujets cruciaux, comme l'attractivité de certains métiers indispensables, le travail pénible, l'usure au travail et les carrières longues ».
Participation sous conditions
De ces points à éclaircir dépendra la participation de certains partenaires sociaux. « Je pense que nous irons, indique Michel Beaugas tout en veillant à user du conditionnel. Tout dépendra du contenu, du périmètre, de la forme de cette négociation et de qui y participera ». Réponse remise aussi à plus tard par le Medef. « On verra si on y va », a rétorqué son président Patrick Martin, interrogé mercredi à ce sujet sur Radio Classique. Avant d’ajouter : « On a une responsabilité singulière en tant que première organisation patronale française, donc ça milite dans le sens d’une participation à cette conférence ».
La décision est en revanche d’ores et déjà prise par la CFTC. « On ira, affirme son président, Cyril Chabanier. Surtout que le sujet des retraites semble parfaitement ouvert. Tous les sujets pourront être remis sur la table », apprécie-t-il. Présente également, la CFE-CGC. « Ce qui est important, c’est de nous mettre autour de la table pour faire des propositions », estime Christelle Thiéfine, sa secrétaire nationale.
Contactées, les autres organisations syndicales (CGT et CFDT) et patronales (CPME et U2P) n’ont pas répondu dans les délais impartis à la publication de cet article.
Faible espoir d’accord
Si les partenaires sociaux ont l’habitude de se retrouver pour échanger, et arrivent dans certains cas à se mettre d’accord, ils s’affichent assez sceptiques sur ce sujet des retraites. « On a vraiment des positions extrêmement différentes », souffle Cyril Chabanier.
Et les exemples ne manquent pas. La CFTC prône ainsi le changement en faveur d’un « système de retraite par points » qu’elle juge plus juste pour tous. Une vision que ne partage pas la CFE-CGC. « Le régime par point, sur une retraite de base, n’est pas efficace pour nous », expose Christelle Thiéfine. La secrétaire nationale n’est toutefois pas contre « voir réapparaître un système différent d’aujourd’hui », à condition de « ne pas mélanger public et privé ».
Ce dernier point revient, in fine, à s’opposer à un régime universel, et donc unique pour tous, en faveur duquel plaidait la CFTC dans le passé.
Mais le syndicat ne ferme désormais pas la porte à « plusieurs systèmes ». « Mais pas 42 comme aujourd’hui, car le système ne peut pas être juste de cette façon », considère Cyril Chabanier. Et pourquoi pas trois ? Ce serait en tout cas « la réforme idéale » aux yeux de Patrick Martin. « Avoir trois régimes – le public, les indépendants et les salariés – et repartir, avec ces trois socles, sur ce qui avait été voté avant le Covid », expose le patron des patrons.
De son côté, Force ouvrière, comme la CGT, espère ne pas avoir à se contenter de la suspension de la réforme et milite toujours pour son abrogation. « Si on y va (à la conférence) c’est pour discuter, négocier, souligne Michel Beaugas pour preuve d’ouverture. On est peut-être en capacité de signer telle chose et pas d’autres », avance-t-il.
Rendez-vous à la présidentielle ?
Sébastien Lecornu a en tout cas fait une promesse : si cette conférence est conclusive « le gouvernement transposera l'accord dans la loi et le Parlement décidera ». « Sinon, il appartiendra aux candidats à l'élection présidentielle de faire leurs propositions », délègue le Premier ministre. Le compte à rebours est donc lancé d’ici au prochain scrutin, dont le premier tour devrait avoir lieu en avril 2027.
Accord ou pas, ces échanges entre les partenaires sociaux devraient néanmoins s’avérer utiles pour Cyril Chabanier. « Toutes ces réflexions permettront peut être aux futurs candidats à la présidentielle de se présenter avec une vraie réforme au sujet des retraites pour que les Français tranchent. Car pour une telle réforme, il faut la validation des concitoyens », observe-t-il. Affaire à suivre.