Le directeur général de Bpifrance a vivement critiqué la méthode de négociation de Donald Trump, et appelle l’Europe à faire preuve de fermeté économique.
Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, n’a pas mâché ses mots jeudi sur BFMTV/RMC à l’égard de Donald Trump. Dans un contexte de tensions commerciales avec Washington, le patron de la banque publique d’investissement a appelé à la fermeté et au sang-froid face aux États-Unis, tout en exhortant l’Europe à accélérer ses décisions.
Face au président américain, il faut selon Nicolas Dufourcq « garder son calme parce qu’il a une technique de négociation presque infantile ». Une méthode qu’il juge de plus en plus caricaturale avec le temps : « C’est de l’ordre du cri primal et ça s’aggrave avec l’âge », a-t-il ajouté.
Pour Nicolas Dufourcq, l’Europe dispose pourtant de leviers importants dans le rapport de force. Les Etats-Unis « ont besoin de l’Europe (...) Il ne faut pas qu’on donne l’impression d’être des enfants effrayés par le père, c’est lui l’enfant », a-t-il insisté.
Bazooka
Dans ce cadre, il a soutenu la ligne défendue par Emmanuel Macron sur la nécessité de pouvoir recourir à des instruments de rétorsion commerciale. Et le « président de la République a raison de dire que, si l’enfant se met à faire absolument n’importe quoi, comme 200 % de droits de douane sur le cognac, il est légitime de commencer à agiter avec une très grande force l’instrument de coercition, le bazooka, qui permet de calmer les ennemis et en particulier de calmer l’enfant ».
Au-delà du commerce, le dirigeant de Bpifrance a également plaidé pour une remise en cause de certaines dépendances technologiques. « Le choix des technologies américaines par défaut, c’est trop facile, ça doit cesser », a-t-il estimé. Il a notamment cité les outils bureautiques, jugeant que la suite Office 365 de Microsoft est « parfaitement remplaçable par un software européen », pour « beaucoup moins cher ». Un message en ligne avec les appels croissants à la souveraineté numérique au sein de l’Union européenne.
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Sur le front asiatique, Nicolas Dufourcq a mis en garde contre la pression concurrentielle chinoise et appelé à une réponse collective. Il a ainsi exhorté les Européens à « construire un consensus de deux tiers des pays européens pour remonter les barrières douanières ». Mais cette ambition se heurte, selon lui, à la lenteur de l’exécutif communautaire. Il a jugé « les rythmes de décision de la Commission européenne » sur ces sujets « beaucoup trop lents », plaidant « pour qu’on recrute massivement à Bruxelles (des personnes) pour instruire les dossiers de dumping ».
« A toute berzingue »
Interrogé sur la situation économique française, le patron de Bpifrance s’est montré plus nuancé. Concernant le budget 2026 en cours d’adoption, il a toutefois regretté « qu’à nouveau l’Etat-providence galope devant l’économie à toute berzingue ». Et de souligner un paradoxe politique : « Et en plus bizarrement, ça ne rapporte rien électoralement à ceux qui votent ces dispositions, car les Français oublient tout de suite ce qu’on leur a donné et qui leur a donné ».
Sur la hausse des défaillances d’entreprises observée ces dernières années, Nicolas Dufourcq a assuré n’être « pas très inquiet », y voyant un phénomène en partie conjoncturel après les soutiens massifs de l’État durant la crise sanitaire. Enfin, commentant l’annonce de la suppression de 1 800 postes à la Société générale, il a estimé que cette décision « n’est pas une surprise ». « La digitalisation a pris une telle ampleur que je peux comprendre qu’il y ait moins besoin de personnes physiques », a-t-il conclu, illustrant selon lui les profondes transformations à l’œuvre dans le secteur bancaire.