Au Forum économique mondial, le patron de Mistral, qui se définit désormais comme un fournisseur d’infrastructures plus que comme éditeur d’IA, a enfilé le costume de défenseur de la tech européenne et livré l’un de ses discours les plus politiques. Il a appelé l’Europe à se défaire d’une dépendance numérique qu’il décrit comme le principal vecteur de pouvoir des États-Unis.Comme l’an dernier, l’intelligence artificielle figure parmi les thèmes centraux du Forum économique mondial de Davos. En concurrence avec le sujet Donald Trump (et les deux sont souvent liés). Plusieurs figures majeures du secteur s’y sont exprimées, de Satya Nadella (Microsoft) à Jensen Huang (Nvidia), en passant par la « star » européenne du moment, Arthur Mensch.
Invité mardi 20 janvier à une table ronde consacrée au futur de l’Europe, le PDG du français Mistral a livré un discours plus politique qu’à l’accoutumée. Si l’argument de la souveraineté numérique – se détacher de la dépendance américaine – constitue depuis le départ l’une des raisons pour lesquelles des entreprises européennes se tournent vers la start-up française, Mistral mettait jusqu’ici assez peu cet enjeu en avant. À Davos, Arthur Mensch a au contraire adopté un ton très affirmé, ciblant l’hégémonie technologique américaine.
Introduit par un journaliste du Financial Times comme « le seul espoir de l’Europe face à la tech américaine », l’entrepreneur a jugé que jouer sur la dépendance numérique constituait un levier essentiel, car elle représente selon lui « le principal vecteur de pouvoir des États-Unis ».
Nouvelle technologie, nouvelle opportunité pour prendre en main les infrastructures
Le diagnostic qu’il dresse est connu : le Vieux Continent a perdu la bataille du cloud et dépend désormais massivement – à près de 80 % – des services numériques américains. Mais Arthur Mensch estime que la rupture technologique incarnée par l’intelligence artificielle ouvre un point d’inflexion. L’IA fait émerger une nouvelle économie du logiciel, et donc un nouveau besoin d’infrastructures. « L’Europe dispose d’atouts : de l’énergie, des talents, de grandes entreprises mondiales », affirme-t-il, appelant à « cesser d’être la grenouille dans la casserole d’eau qui bout lentement ».