3 000 tonnes sous les matelas : sur les traces des particuliers qui achètent et qui vendent de l'or

Dans près de 35 % des cas, les vendeurs d'or viennent avec des bijoux.
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Dans près de 35 % des cas, les vendeurs d'or viennent avec des bijoux.
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Quelque part dans les souterrains de la Banque de France se cachent plus de 2 400 tonnes d’or. Une réserve pour l’Etat qui vaudrait près de 160 milliards d’euros. Mais un autre stock, plus éparpillé et méconnu existe dans le pays. Selon le World Gold Council, les ménages français détiendraient entre 3 000 et 3 500 tonnes d’or, dont les deux tiers sous forme de bijoux et le reste en pièces et lingots. En rapportant ce trésor à la population, on obtient 50 à 60 grammes d’or par habitant soit l’équivalent de 8 à 10 pièces Napoléon, environ 7 000 euros.
A mesure que le cours du métal jaune augmente, la réserve des ménages croit également. Pourtant, « il y a à peu près autant de vendeurs que d’acheteurs », analyse Alexis Monceau, directeur général de Godot&Fils, l'une des plus anciennes enseignes françaises sur le marché.
Dans l'une des agences parisiennes du réseau, les clients arrivent dès l’ouverture. Pour certains vendeurs, c’est très vite la douche froide : « je crains que ce bijou ne soit pas de l’or », annonce une salariée protégée derrière un guichet sécurisée. Derrière elle, un écran affiche les cours de l’or et de l’argent en direct.
Ce mercredi de février, les métaux retrouvent quelques couleurs après un krach de 30 %. « Ceux qui ont de l’or viennent vendre, que le cours baisse ou monte », explique le directeur général. Une fois la déception du premier bijou passé, les deux clients tendent à l’employée de l’agence quelques pièces. Des vraies cette fois. En dépit des plus de 6 000 euros proposés, ils préfèreront prendre leur temps et se contenter d’un devis.
Depuis 15 ans, il suit de près cet étrange marché de l’or physique, soumis aux contraintes lointaines de son cousin dit de papier. Les contrats à terme, les ETF, le marché OTC et autres acheteurs qui ne toucheront pas un lingot sont paradoxalement les moteurs du cours. Dans son bureau, caché derrière une porte dérobée, l’expert en métaux précieux constate que « le Covid a été un premier marqueur de hausse de l’intérêt chez les particuliers ».
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Dans un article publié en 2012, des chercheurs australiens ont démontré que les périodes d’incertitude et d’extrême ambiguïté étaient plus propices à l’achat d’or que les temps particulièrement difficiles. Les particuliers achètent par anticipation et parfois avec une surréaction à certains signaux politiques, économiques ou sociaux. « Le client type, s’il n’est pas antisystème, il est au moins craintif face au système bancaire », explique Alexis Monceau.
Si tous les lingots du groupe sont certifiés LBMA, un gage de qualité, de traçabilité et d’éthique, « ces clients veulent de l’or propre, mais ne veulent pas qu’on puisse les tracer ». Malgré ces réticences, un client sur deux choisit tout de même de stocker son or dans les chambres fortes dont dispose l’agence Godot&Fils. « Les petits modèles de coffre-fort que l’on peut avoir chez soit ne sont pas assurés », rappelle Alexis Monceau. Si ces acheteurs sont craintifs, ils sont avant tout de plus en plus jeunes. « Avant, la moyenne d’âge était autour de 60 ans, désormais on a à faire à des clients de 40 ou 45 ans qui commencent à être bien installés et à avoir un patrimoine ».
Et les vendeurs, qui sont-ils ? « Souvent des personnes en quête de financement pour un projet », estime le gérant. En somme des profils plus variés, et que la salle d’attente de l’agence offre à voir. A l’heure du déjeuner, il y a un peu d’agitation. Deux femmes attendent dans un petit couloir le résultat des vérifications : les montagnes de vaisselles et d’objets de table qu’elles ont dans leurs bras et dans leur sac sont-ils faits d’argent ? Dans l’atelier où se font les expertises, une spécialiste gratte un plat à l’aide d’une brosse métallique. « Si ça devient jaune, ce n’est qu’un plaquage d’argent. Dans ce cas-là, on ne peut récupérer une couche si fine. » Dommage pour les deux clientes, le plat jaunit au contact de la brosse.
Derrière elles, une autre femme entre dans la boutique. « J’ai de l’or à vendre », confie celle qui travaille dans la finance et juge les cours désormais « assez haut ». Les transactions s’enchainent au guichet. Parfois, les agents font appel à une étrange petite machine à rayons X, capable d’estimer les différentes teneurs d’un alliage d’une pièce ou d’un bijou. En quelques seconde à peine, elle détecte le pourcentage de cuivre, de zinc, d’argent ou d’or dans une pièce Napoléon. Compte tenu des montants, le métier exige de ne pas se tromper.
La différence, bien que subtile, est d’autant plus primordiale que l’agence a également des professionnels parmi ses clients. « Des bijoutiers de quartiers, des joailliers », et autres métiers qui transforment les lingots d’or en objets esthétiques. Cette clientèle plus régulière fait face à l’impressionnante hausse du cours, +65 % sur l’année passée. Par conséquent, selon le World Gold Council, la demande mondiale d’or à destination de la fabrication de bijoux a chuté de 18 % sur la même période.
« Pour eux, c’est une hausse du coût de production, c’est très important. On doit donc leur donner des conseils et analyse sur les cours », estime le gérant. Dans la boutique ce matin-là, un bijoutier attend son tour assis sur une chaise. « On vient régulièrement », confie-t-il. Cette fois, il n’est pas question d’approvisionnement mais de revendre les débris issus de la confection des bijoux. C’est donc un retour à l’envoyeur pour le métal, qui patiente sagement dans la poche du client en attendant Godot.