Resserrement monétaire : Christine Lagarde, le doigt sur la gâchette
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Les marchés anticipent déjà des hausses de taux, deux ou trois cette année, alors même que l'inflation actuelle est proche de 2 %.
REUTERS - Jana Rodenbusch
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Les marchés anticipent déjà des hausses de taux, deux ou trois cette année, alors même que l'inflation actuelle est proche de 2 %.
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À Francfort, mercredi matin, le ton est ferme mais mesuré. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, prend la parole devant un parterre d’économistes et de journalistes. La question du moment : la flambée des prix de l’énergie et ses conséquences sur l’inflation. La réponse de la BCE : se tenir prête.
« Si le choc entraîne un dépassement important, mais pas trop persistant, de notre objectif, un ajustement mesuré de la politique monétaire pourrait se justifier », affirme Christine Lagarde. Une phrase courte, presque clinique, mais qui résonne comme un avertissement pour les marchés. Car derrière ces mots se cache la leçon de 2022 : agir trop tard peut coûter cher. « Ne pas réagir du tout à un tel dépassement pourrait poser un risque de communication : le public pourrait avoir du mal à comprendre une fonction de réaction qui ne réagit pas », ajoute-t-elle.
Depuis juillet, la BCE maintient ses taux inchangés, à 2 %, dans un contexte économique plus calme qu’il y a trois ans. Le choc énergétique lié à la guerre en Iran n’a pas encore le même impact que celui provoqué par la pandémie et la guerre en Ukraine. Mais l'équation du temps inquiète. « Le choc énergétique est jusqu’à présent moins important, en particulier dans le cas du gaz naturel, le marché du travail n’est pas aussi tendu, il n’y a pas de demande atone comme après la pandémie, les politiques budgétaires sont plus restrictives et le taux de la banque centrale est plus élevé », détaille Christine Lagarde.
Pourtant, la prudence reste de mise. La BCE travaille sur plusieurs scénarios. Dans le plus favorable, l’inflation atteindra 2,6 % en moyenne cette année. Dans un scénario défavorable, elle dépasserait 4 % au second semestre, avant de revenir à 2 % seulement d’ici à mi-2027. Dans le pire scénario, elle grimperait au-dessus de 6 % début 2027, et le retour à la cible pourrait prendre plusieurs années.
La banque centrale dispose d’un arsenal flexible, qu’elle déploiera selon l’ampleur et la durée du choc. « Nous ne serons pas paralysés par l’hésitation et disposons d’un éventail gradué d’options de réponse », insiste Christine Lagarde, sans préciser lesquelles. L’objectif reste clair et inconditionnel : maintenir l’inflation autour de 2 %. Pour cela, chaque indicateur sera scruté, l’évolution des prix de l’énergie, mais aussi celle des salaires et de la demande.
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Les marchés anticipent déjà des hausses de taux, deux ou trois cette année, alors même que l’inflation actuelle est proche de 2 %. Une hausse précoce, mais calibrée, serait un signal fort. La mémoire de 2022 est là : l’inflation avait alors atteint 5 %, nourrie par la demande post-Covid et des pénuries durables. Cette fois, l’institution veut éviter la même erreur.
« À mesure que les écarts attendus par rapport à notre objectif d’inflation deviennent plus importants et plus persistants, la nécessité d’agir se renforce », avertit Christine Lagarde. Dans ce contexte, la BCE joue une partition subtile : protéger l’euro, contenir les anticipations inflationnistes et préserver la croissance. Une danse d’équilibriste sur un fil tendu par les cours du pétrole et du gaz, par les incertitudes géopolitiques et par les anticipations des marchés financiers.
Car derrière les chiffres et les taux, il y a un enjeu de communication. La crédibilité de la BCE, comme celle de tout banquier central, repose sur la cohérence de ses actions. Agir trop tôt pourrait freiner l’économie, ne rien faire pourrait alimenter l’inflation. La clé : savoir quand, combien et comment intervenir. Lagarde l’affirme : la BCE est prête. Les marchés, eux, attendent le premier signal.
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