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Économie

Les Etats-Unis empruntent encore massivement auprès de créanciers chinois

Photo de Margot Ruault

Margot Ruault

Publié le 19 novembre 2025 à 15:55

Les prêts chinois ont ainsi aidé à financer la construction de centres de données en Virginie, de terminaux à l'aéroport John F. Kennedy à New York...

Les prêts chinois ont ainsi aidé à financer la construction de centres de données en Virginie, de terminaux à l'aéroport John F. Kennedy à New York...

SS/KR/..../ - REUTERS - Shannon Stapleton

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D'après un rapport d'une université américaine, les prêts chinois financent majoritairement les pays développés, États-Unis en tête. Des transactions rendues de plus en plus opaques par Pékin, qui en profite pour acquérir des actifs stratégiques.

Ports, gazoducs, terminaux d’aéroports… Les prêts chinois pour financer les infrastructures mondiales ont abondé ces dernières années. Mais contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les pays en développement qui bénéficient le plus de l’argent frais chinois : ce sont les pays développés. Avec un grand gagnant : les États-Unis. « Aucun pays au monde n'a accepté autant de créanciers publics chinois que les États-Unis », pointe un rapport d’AidData, un laboratoire de recherche de l'université William & Mary à Williamsburg en Virginie, publiée ce mardi.  Des conclusions « inattendues et contre intuitives », complètent les chercheurs, notamment depuis la politique de Donald Trump et Joe Biden pour contrer l’influence chinoise.

Entre 2000 et 2023, les États-Unis ont accepté plus de 200 milliards de dollars de crédit provenant de créanciers étatiques chinois. Ils ont aidé à financer la construction de centres de données en Virginie, de terminaux aux aéroports de New York et de Los Angeles, de gazoducs (South Texas-Tuxpan, Matterhorn Express…) et d’oléoducs (Dakota Access Pipeline).

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Un « programme secret de prêts » pour les actifs internationaux

Historiquement, les investissements chinois n’ont pas toujours été mal vus : « Après la crise de 2008, le gouvernement américain faisait face à d’importantes contraintes budgétaires, ouvrant la voie aux investisseurs chinois pour investir dans les infrastructures américaines », commente à La Tribune Junyu Tan, économiste pour l’Asie du Nord chez Coface.

Mais depuis une dizaine d’années, les États-Unis ont pointé du doigt le programme des Nouvelles routes de la soie chinoises en mettant en garde les pays en développement contre le piège de la dette. D’après les Américains, la Chine prête de l’argent facilement pour financer des projets d’infrastructures comme des ports ou des aéroports pour étendre son influence et obtenir des concessions quand les prêts ne sont pas remboursés. 

En réalité, « entre 2014 et 2023, les engagements de la Chine en matière de prêts pour des projets d'infrastructure dans les pays participant à la BRI (Bealt Road Initiative : le programme des Nouvelles Routes de la soie, NDLR) se sont élevés à 249 milliards de dollars. Cela ne représente que 20 % de l'ensemble du portefeuille de prêts à l'étranger de la Chine sur la même période de dix ans », précise le rapport.

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La Chine s’est concentrée sur les pays développés, en particulier leurs actifs stratégiques. D’après les chercheurs, Pékin dispose d'un « programme secret de prêts » pour les acquisitions à l’internationale qui ciblerait les actifs technologiques dans les pays développés, dont les États-Unis. Pour ce faire, la Chine vise majoritairement les pays qui contrôlent faiblement les capitaux étrangers. Elle parvient aussi à injecter des fonds au travers de sociétés écrans offshores et de syndicats bancaires internationaux. Objectif : rendre le plus opaque possible les prêts pour les institutions internationales.

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Le cas Ironshore Inc

Aux États-Unis, un peu moins de 4 milliards de dollars a été prêté à des agences d'Etat et des municipalités. La très grande majorité des prêts concerne des entreprises et des institutions privées. D’après le rapport, la plupart ne relèvent pas d’un objectif géopolitique mais surtout de recherche du profit. L’argent apporte aussi des liquidités à des grandes entreprises américaines comme Amazon, Ford, Boeing ou encore Tesla. Jusqu’ici rien d’exceptionnelle.

Certains de ses prêts ont néanmoins permis d’acquérir des entreprises dans des secteurs critiques, pointe le rapport, grâce aux crédits accordés par des banques publiques chinoises. En 2015, un consortium d’entreprises chinoises a ainsi pu racheter OmniVision Technologies, compagnie américaine de la tech. Des prêts qui ont aussi permis d’acquérir d’autres sociétés comme Ingram Micro, Integrated Silicon Solution, Inc ou encore la division mondiale des ordinateurs personnels d’IBM.

Toujours en 2015, quatre banques d’États chinoises auraient aidé à l’acquisition d’une société d’assurance Ironshore Inc. par Fosun International Limited, sans passer par le Comité pour l'investissement étranger aux États-Unis (CFIUS). Ironshore Inc offrait des produits d’assurances à des fonctionnaires américains, ce qui pouvait poser des problèmes de sécurité. Pour AidData, la « transaction a été menée discrètement par des sociétés écrans offshore ».

Un plus grand contrôle des investissements

Les règles pour investir et prêter de l’argent aux États-Unis se sont tout de même durcies ces dernières années. « À partir de 2018, il y a eu un changement majeur de tendance avec Trump : les États-Unis ont adopté la loi réformant le comité d’examen des investissements étrangers (CFIUS) », précise Junyu Tan, « avec ses nouveaux pouvoirs étendus, cet organisme examinait aussi certains investissements non-majoritaires, en particulier ceux liés à des infrastructures critiques ou susceptibles de toucher à des données personnelles ».

Le rapport estime que les prêts des créanciers d’État chinois, liés aux fusions et acquisitions, se sont réduits de 62 % après les mesures de renforcement prises par le pays.

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Une dynamique qui pourrait se poursuivre. D’après Junyu Tan de Coface, « depuis avril, la Chine a également commencé à restreindre l’autorisation de nouveaux investissements vers les États-Unis, après l’instauration de tarifs douaniers réciproques. Elle cherche probablement à préserver ces projets comme monnaie d’échange pour de futures négociations ».

Margot Ruault

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