Chômage : Pourquoi la baisse officielle de 1,2 % cache un recul (bien) plus marqué

France Travail Nouvelle-Aquitaine déploie de nouveaux outils à destination des demandeurs d’emploi comme des recruteurs.
ML / La Tribune

France Travail Nouvelle-Aquitaine déploie de nouveaux outils à destination des demandeurs d’emploi comme des recruteurs.
ML / La Tribune
C’est un paradoxe dont l’administration française a le secret. Au premier trimestre 2026, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A (sans aucune activité) s'établit à 3,30 millions de personnes. Sur le papier, la baisse est de 1,2 % sur trois mois. Une performance honorable, mais qui s’apparente presque à une sous-performance quand on soulève le capot des statistiques.
En effet, depuis la généralisation de la loi « plein emploi », le thermomètre de France Travail ne mesure plus tout à fait la même fièvre qu'avant. Selon les propres estimations de la Dares, sans les changements de périmètre récents, la baisse ne serait pas de 1,2 %, mais de 2,4 %. Un écart du simple au double qui s'explique par une mécanique de vases communicants entre anciennes et nouvelles catégories.
Pourquoi une telle différence ? La réponse tient en trois lettres : RSA. Depuis le début de l'année 2025, l'inscription à France Travail est devenue automatique pour tous les allocataires du Revenu de solidarité active et les jeunes en parcours d'insertion (CEJ, Pacea).
Cette « entrée massive » de publics jusque-là invisibles dans les radars du chômage vient mécaniquement gonfler les chiffres, créant un plancher artificiel qui ralentit la baisse observée des demandeurs d'emploi « historiques ».
Pour tenter de clarifier cette nébuleuse, le ministère a dû créer de nouveaux tiroirs : les catégories F et G.
La catégorie F (parcours social) : Elle regroupe les personnes très éloignées de l'emploi, dont le frein principal n'est pas le manque de compétences professionnelles, mais des problématiques sociales (logement, santé, garde d'enfants). Ils sont « inscrits », mais pas « disponibles » immédiatement. On y compte fin mars 2026 près de 395 700 personnes.
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La catégorie G (attente d'orientation) : C'est le sas d'entrée. Tous les nouveaux inscrits automatiques y transitent avant d'être dispatchés. Cette catégorie pèse aujourd'hui 630 400 personnes.
L'effet d'optique est là : en intégrant ces publics dans les statistiques globales mais en les isolant dans des sous-catégories, le gouvernement affiche une volonté de transparence tout en rendant la comparaison avec les années précédentes quasi impossible.
Un autre facteur, plus discret, vient freiner la baisse des chiffres : le régime de sanctions entré en vigueur en juin 2025. Paradoxalement, alors que le discours politique prône la fermeté, les procédures sont devenues plus encadrées.
Le résultat est flagrant dans les chiffres de ce trimestre : les radiations administratives se sont effondrées (seulement 2 700 au premier trimestre 2026 contre 45 000 un an plus tôt). Moins de radiations signifie que les demandeurs d'emploi restent plus longtemps dans les fichiers, même s'ils ne sont plus actifs dans leur recherche.
Si l'on regarde le « vrai » marché de l'emploi (le champ hors RSA et jeunes accompagnés), l'amélioration est nette. La baisse de 2,4 % (corrigée) montre une économie qui recrute. Mais pour l'exécutif, cette réussite est masquée par sa propre réforme : en voulant ramener tout le monde vers France Travail, il a condamné ses statistiques à une stagnation de façade. Un cas d'école de « complication administrative » venant parasiter un succès politique.

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