EXCLUSIF - Si les jeunes démontrent un intérêt pour les carrières scientifiques, la France fait toutefois face à des obstacles de décrochage progressif, de féminisation du secteur et de confiance tel que le montre le dernier sondage Odoxa pour le Medef. Échanges avec Virginie Fauvel, co-présidente de la commission innovation et numérique.Le sondage annuel mené par Odoxa pour le mouvement des entreprises de France (MEDEF) dresse un portrait plein de contrastes du rapport des jeunes aux sciences et des Français aux progrès qu’elles permettent. « Le progrès scientifique est une meilleure connaissance du monde qui nous entoure, une amélioration de nos vies et la possibilité de nous émanciper et de faire de nous de meilleurs citoyens, des cerveaux plus libres », définit Virginie Fauvel, co-présidente de la commission innovation et numérique du Medef et CEO d’Harvest, éditeur de logiciels axés patrimoine et finance. Essentiel donc, le progrès scientifique se heurte toutefois à des réalités : 68% des Français ont l’impression de profiter du progrès des sciences et des nouvelles technologies, soit -2 points par rapport à l’an dernier et 54% considèrent que le progrès bénéficie à une population de plus en plus large, soit une baisse de 7 points par rapport à 2023.
« Comme le pensait Victor Hugo, le pas collectif du genre humain s'appelle le progrès », poursuit-elle en appuyant sur les divers leviers inhérents à son adhésion : la perception des bénéfices, le niveau d’usage, l’ampleur de la diffusion, la facilité d’accès, la confiance. Lesquels fluctuent en fonction des situations économiques, notamment. Mais aussi des crises, à l’instar de celle du Covid qui a accru la confiance des Français en la vaccination à 72%, par exemple.
L'IA décriée à 57% par les Français
Pour autant, d’autres progrès scientifiques ne rencontrent pas un succès aussi franc. Ce qui est, immanquablement, le cas de l’intelligence artificielle. Déchaînant aussi bien les passions que les peurs, l’IA reste majoritairement décriée par 57% des Français. « L’explication de l’impact de l’IA passe par la compréhension des sciences puisqu’elle se base sur les mathématiques », décrypte Virginie Fauvel. « Désormais, l’intelligence artificielle est là. Il faut embrasser cette nouvelle technologie. Ceux qui ne le font pas ne survivront pas. Bien sûr, cela nécessite également de conserver notre esprit critique et notre souveraineté. A trop les réguler dans l’Union Européenne, nous risquons de voir les intelligences artificielles aller s’entraîner dans des pays étrangers avec des réglementations plus souples, comme les Etats-Unis. La France a toute sa place dans l’IA, avec des sociétés magnifiques comme Mistral AI, mais doit veiller à garder ses entrepreneurs sur son sol et à ne pas rater ce virage : il faut aller au-delà du symbole », martèle-t-elle en repensant au sommet de Paris de l’IA, en février dernier, qui avait propulsé la France en acteur incontournable.